Eclipse solaire partiel du 12 Aout 2026
Une éclipse solaire… Quand on est mordu de nature et d’événements astronomiques, il est difficile de ne pas être fasciné par l’idée d’assister à un tel phénomène. Depuis plus d’un an, l’idée de capturer cette éclipse, presque surnaturelle, me trotte dans la tête.
La bande de totalité, cette étroite zone où l’on peut observer la Lune plonger complètement le Soleil dans l’obscurité pendant un maximum de deux minutes, commence au nord est du Groenland, passe à l’ouest de l’Islande et s’achève au coucher du Soleil en Espagne.
Avec Stéphane, mon compagnon de cordée pour les 4 000, nous plaisantions, ou peut être pas, à l’idée de traverser les étendues glacées du Groenland pour vivre ce moment. J’ai également tenté, par l’intermédiaire de mon travail, de retourner à Station Nord, une station scientifique danoise idéalement située pour l’éclipse. Malheureusement, rejoindre une station de l’armée danoise n’est pas aussi simple que de prendre un billet d’avion…
Finalement, il faut se rendre à l’évidence : l’Espagne est le choix le plus simple sur le plan logistique. Deux jours de route pour y aller, deux jours pour revenir et deux semaines de vacances permettent même de prendre le temps de visiter un peu les Asturies et, surtout, de chercher un bon spot à l’abri des nuages. C’est parti : je commande les lunettes d’observation ainsi que des filtres AstroSolar à découper.
Filtre solaire découpé, collé sur des cartons pour être fixé devant les objectifs photos et jumelles
Mais plus les jours passent, plus la planification s’embourbe. Sans réelle motivation pour visiter la côte catalane au milieu du boom touristique annoncé autour de l’éclipse, le trajet paraît de plus en plus long. À cela s’ajoutent la canicule et les incendies de forêt qui sévissent en France. Finalement, nous renonçons à ce voyage devenu un peu trop alambiqué et nous nous « rabattons » sur une éclipse partielle, observable depuis nos régions respectives.
Après tout, même partielle, une éclipse reste un événement astronomique suffisamment rare pour mériter d’être immortalisé près de chez nous. Une décision qui, avec le temps, s’impose de plus en plus et semble finalement davantage alignée avec nos valeurs.
Bref, nous voilà repartis d’une page blanche.
Où aller en Suisse pour vivre ce phénomène ?
Pour mon projet en cours sur les glaciers, j’aimerais beaucoup associer cet événement à ces géants de glace. Mais compte tenu de l’orientation de l’éclipse et surtout de sa proximité avec l’horizon, il faut disposer d’une vue parfaitement dégagée. Dans les Alpes, vue dégagée rime souvent avec « monter haut ».
Avec l’azimut prévu le 12 août à 20 h, je me promène virtuellement sur les cartes topographiques à la recherche du bon angle. La cabane Margherita, à 4 554 m d’altitude, semble quasiment parfaite ! Le Soleil doit se coucher derrière le Cervin, tandis que le glacier du Gorner offre un premier plan spectaculaire.
Simulation de rendu de cadrage pour l’éclipse solair sur map géo admin
Malheureusement, la cabane est complètement remplie pour les dates concernées. Si nous voulons vraiment y aller, il faudra donc bivouaquer. Et un bivouac à plus de 4 500 m d’altitude ne s’improvise pas.
Parallèlement, les prévisions météorologiques à 14 jours deviennent de plus en plus pessimistes, avec un risque d’orage important. L’option d’un bivouac sous la pointe Dufour semble finalement un peu trop risquée. Les endroits offrant les meilleures chances de ciel dégagé en Suisse sont clairement situés sur le Plateau. Mais bon… j’y tiens quand même, à ces montagnes.
Finalement, nous décidons de prendre le risque de partir en altitude pour tenter d’apercevoir l’éclipse.
Nous retournons vers un petit glacier qui termine sa courte course dans un petit lac. L’idée est de tenter une image de l’éclipse avec des icebergs au premier plan. Une manière, aussi, de faire un petit pied de nez aux photographes partis en Islande pour vivre l’éclipse totale.
Simulation et timing pour l’éclipse solair avec l’application peakfinder
La météo reste toujours assez pessimiste, avec même un risque d’orage quelques heures avant l’éclipse. En revanche, la nuit devrait être bien dégagée, ce qui pourrait nous offrir un magnifique ciel pour observer la pluie d’étoiles filantes.
Et quelle coïncidence : le pic des Perséides, la pluie de météores la plus importante de l’année, tombe justement autour de la même période que l’éclipse !
On ne passera pas entre les goutes. Orage à 17h30 et éclipse prévue à 19h30 (météoSuisse)
La petite équipe se constitue et nous voilà partis à quatre pour bivouaquer au pied de ce glacier. La montée n’est pas facile sous un soleil de plomb, d’autant que nous sommes stressés par l’arrivée annoncée de l’orage.
Arrivés au col, nous avons à peine le temps d’apercevoir le lac qu’un déluge s’abat sur nous. En vitesse, nous montons une tente suffisamment grande pour nous réfugier tous les quatre. En attendant que l’orage passe, nous grignotons des chips et espérons surtout qu’il se terminera avant le début de l’éclipse.
Une heure plus tard, le bruit assourdissant des grosses gouttes de pluie sur la toile commence enfin à diminuer. C’est l’occasion de sortir et d’installer les autres tentes, au cas où l’orage reprendrait de plus belle. Pendant le montage, nous profitons également de la vue, malgré le peu de ciel bleu visible à travers les nuages…
Tout est prêt : les lunettes pour éclipse, les appareils photo montés sur trépied et même une paire de jumelles équipée de filtres.
Léo, Stéphane et Lisa équipé pour observer l’éclipse.
Le seul absent : le Soleil, toujours caché derrière les nuages…
Nous commençons à perdre espoir. Les rares trouées de ciel dégagé se font progressivement engloutir par les cumulus. Il est bien possible que nous ne revoyions jamais le Soleil avant son coucher…
Mais l’ambiance qui suit le passage du brouillard nous gratifie tout de même de quelques magnifiques rayons de lumière.
L’horizon est bien encombré de cumulus qui ont bien grossi au court de la journée
19 h 30. L’éclipse a commencé, mais sans nous… Derrière les nuages.
La pluie revient même en rajouter une couche, avec quelques gouttes qui viennent s’écraser autour de nous.
Puis, sorti de nulle part, le Soleil fait soudain son apparition !
Il n’est plus totalement rond : une bonne partie de son disque est masquée par la Lune. C’est fou !
Je tente rapidement de prendre quelques images, avec et sans filtre solaire. Mes réglages ne sont pas parfaits, mais peu importe : le moment est incroyable. Quelques secondes plus tard, le Soleil disparaît à nouveau derrière les cumulus.
Première apparition du soleil à travers les nuages! L’ambiance est dorée et des rayons ilumines les icebergs
Toute la pression retombe d’un coup. Finalement, nous aurons réussi à voir un petit bout de cette éclipse, dans un cadre complètement fou.
Je regarde les images. Je ne suis pas vraiment sûr du résultat avec les filtres, tandis que les versions sans filtre sont un peu trop claires. J’adapte donc mes réglages, au cas où le Soleil déciderait de réapparaître.
Les minutes passent. Le Soleil ne revient pas.
Vingt minutes se sont écoulées. C’est devenu un véritable jeu du chat et de la souris.
Un dernier espoir avant que le Soleil ne disparaisse définitivement derrière le Schreckhorn, à 4 078 m d’altitude, vers 20 h 25.
Puis une minuscule bande de ciel semble se dégager.
Et, miraculeusement, le Soleil y passe.
La Lune recouvre alors près de 92 % du disque solaire. Il ne reste qu’un mince croissant lumineux, dont l’orientation semble presque défier les lois de la nature.
L’ambiance est incroyable. La lumière parvient à s’extirper des nuages, le paysage s’illumine d’une manière presque irréelle. Un véritable cadeau de la nature.
Quelle joie !
Deuxième apparition totalement différente, le soleil recouvert à quasi 92%, le maximum, il fait presque nuit
Vidéo de l’éclipse entre deux bandes de nuage en accélération 10x
Le spectacle touche à sa fin. Les nuages engloutissent à nouveau l’éclipse, qui nous gratifie finalement d’un coucher de Soleil aux teintes rouges particulières.
Au total, nous n’aurons aperçu le Soleil que trois fois.
Trois courtes apparitions auront pourtant suffi à immortaliser la progression de la Lune devant le Soleil, obscurcissant peu à peu son rayonnement.
Pas d’éclipse totale, pas de ciel parfaitement dégagé, pas de conditions idéales.
Mais finalement, peut-être que ce sont justement ces quelques secondes volées aux nuages qui rendent ces images encore plus précieuses.
Compilation des 3 étapes du soleil que l’on a pu apercevoir dans la soirée en gros plan. Le soleil avec ces taches solaire. Soleil couvert par la lune à environ 50% puis le maximum à 92%
Chouette reportage qui traduit bien vos émotions et les souvenirs qu’elles susciteront…