Balade avec Lisa

L'équipe propre avant d'entrer dans la grotte. Chab, Joanna, Nicolas, Jules, Oriane, Christian, Flurin et Kilian
Quatre spéléologues viennent juste pour amener l’équipement lourd jusqu’au camp et ne resteront pas pour la nuit. Chacun progresse dans la grotte avec un kit faisant dans les 8 à 14kg.Benjamin en train de peser les kits
La progression jusqu’au camp prend un peu plus de temps qu’habituellement. Une fois au campement, un groupe s’occupe de construire le bivouac. Un autre groupe apporte déjà une partie du matériel lourd le plus loin possible en direction du passage à équiper tandis que les quatres aides-porteurs repartent vers la sortie. N’ayant pas pu me libérer le vendredi, je les rejoins en fin d’après-midi et croise les trois spéléos porteurs, en sueur dans le fond du premiers puits. On fait rapidement le point de la journée, on note sur la feuille au fond du premier puits l’heure d’entrée et de sortie de chacun, données importantes en cas de secours. Je leur pique une petite bouteille d’eau et continue ma progression dans la grotte. La cavité étant un véritable labyrinthe, il n’est pas rare de se tromper de passage. N’étant allé qu’une fois jusqu’au lieu du campement, je suis bien content de croiser les catadioptres laissés par l’équipe du matin pour éviter de me perdre. Je rage un peu contre mon kit (sac de spéléo) bien volumineux qui se coince partout mais ce n’est rien comparé aux kits pleins de matériel transporté par les autres. Juste avant l’arrivée au camp, je croise Oriane venue à ma rencontre avec une trousse de secours au cas où. On grimpe le dernier bout à moitié dans une cascade jusqu’au bivouac. Là, toute l’équipe est posée tranquillement sur les tapis de sol et commence tout juste à grignoter des noix et fruits secs. Comme le reste de l’équipe, j’enlève ma combinaison pleine de boue et retire mes chaussures pour attaquer l’apéro. Pour diminuer un peu le courant d’air, on tend deux couvertures de survie pour fermer le bivouac. Une petite fiole de whisky de Jules ainsi qu’une fiole de gentiane de Nico nous réchauffent de l’intérieur. Ensuite, il est l’heure pour les fameuses crêpes souterraines dont Oriane a le secret. Une diversité de garnitures stupéfiante avec au choix : moutarde-poires, champignons à la crème, sauce tomate aux câpres, tapenade, raclette, fromage de chèvre, miel à Chab, confitures, sirop d’érable, sucre et cannelle. Même une flambée au whisky ! Il devait y avoir un kit de 12kg juste pour les crêpes.Benjamin retournant une crêpe
Joanna vs crêpe
Oriane au flambage de crêpe
Benjamin commence a être fatigué
Pendant que certains goûtent les différentes variantes de crêpes, Benjamin ne se sent pas très bien et ronflate déjà au fond du bivouac à côté des bougies servant à sécher les chaussettes mouillées suspendues aux ficelles de la tente. Après avoir bien mangé et avoir bu 4 thermos de thé, il est temps de débarrasser la cuisine pour installer les lits. Six personnes dans 8m cubes selon Jules ; totalement dans les recommandations COVID de l’Office Fédéral de la Santé!Arc-en-ciel de sac de couchage
Le lendemain, le réveil sonne tôt.Benjamin, Oriane et Jules au réveil
Il est l’heure de se lever, de manger quelques flocons d’avoine et un petit thé avant d’enfiler les combinaisons bien sales pour certains voire mouillées pour d’autres. Nous devons encore préparer les kits pour la journée avec le pique-nique. Nous nous mettons rapidement en route car le chemin d’accès est long et exigeant.Benjamin avec une draperie de méduses
Les complications commencent dès le début de la progression : une voûte mouillante difficilement contournable.Benjamin tentant la traversée au sec
Nicolas et Benjamin arrive à traverser sans se mouiller en escaladant sur les bords mais pour les autres, c’est une baignade qui nous attend. Sur les bords au plus profond, un peu moins d’un mètre, de quoi se mouiller jusqu’au bas du slip.La dame du lac
Dans tous les cas, je regrette vite de ne pas avoir pris les bottes car mes chaussures de montagne pèsent 4kg de plus après ce passage aquatique. Plus l’on progresse et plus les galeries se rétrécissent. On avance accroupis mais bientôt, la hauteur est telle que nous devrons ramper. Le ramping se fait sur des centaines de mètres, cela parait interminable. Au bout d’un moment, nous arrivons devant la fameuse « étroiture Benjamin » et nous devons enlever nos baudriers.Explication sur l'étroiture
L’étroiture est telle qu’il est difficilement possible de passer avec notre équipement. On est vraiment entre deux dalles et le passage doit faire 25cm à tout casser. On se couche sur la dalle, on met les chaussures en canard (à plat), on met la tête de profile et on se laisse glisser dans l’étroiture. Ça passe tout juste mais ça passe. On se passe ensuite le matériel en faisant une chaîne. Au bas de ce passage, on retrouve le matériel lourd amené par une partie de l’équipe la veille. On poursuit la progression, toujours en rampant avec des cailloux bien pointus jonchant le sol. Même avec les genouillères, avec le temps, la douleur se fait bien sentir. Progressivement, le plafond de la grotte s’élève et l’on continue accroupis en tirant nos affaires derrière nous. Nous rencontrons quelques petits passages à grimper et à désescalader où il faut être bien attentif car un faux pas pourrait nous faire basculer trois voire quatre mètres en contrebas. On arrive ensuite dans le réseau actif de la grotte, c’est-à-dire que ces tubes de roches sont remplis d’eau lors des crues. Cette partie de la grotte est bien plus propre car régulièrement lavée par les eaux. La cavité devient aussi plus grande et l’on peut marcher debout, quel moment incroyable d’enfin pouvoir se dresser ! Nous voilà enfin devant le passage compliqué avec le bout de corde bien usé. On sort les huit marches en acier, la perceuse, les 12 accu, la masse, la pompe à air, les brosses et la colle des kits. Malheureusement, on ne retrouve pas les bouchons d’oreilles… Benjamin attaque le premier perçage et arrivé à la moitié de trou, l’accu est déjà vide. A ce rythme, ce n’est même pas sûr que 12 accus suffisent. Heureusement, les autres accus, - plus récents -, tiennent 2-3 perçages. Le reste de l’équipe attend patiemment dans le bruit assourdissant de la perceuse. Entre notre immobilité, la température de la grotte et nos habits humides, nous ressentons rapidement le froid. Pour éviter de trop avoir froid, on met en place une petite tente de fortune avec une couverture de survie et on allume une bougie trois mèches pour se réchauffer. Une fois tous les trous percés avec la mèche de 20mm, il est temps de bien les nettoyer à l’aide d’une pompe à air et d’une brosse. Ainsi, la colle adhérera bien mieux à la roche. Une fois la colle deux composants dans le trou, il faut taper la marche en acier à la masse et attendre que tout sèche. Pour prospecter la suite, on emprunte la corde fraichement installée en faisant bien attention de ne pas marcher sur les barreaux pour laisser la colle se durcir. Le groupe se sépare en deux avec une partie rejoignant le lieu-dit de la grotte « la rivière » alors que les autres montent une pente de boue pour prospecter une nouvelle section de grotte et la topographier (faire une première). Je fais partie de la team « balade à la rivière » qui est l'endroit le plus éloigné de l'entrée de la grotte. On commence à bien l’entendre cette rivière qui résonne de plus en plus fort dans le tunnel de la grotte qui s'élargit. Après une courte balade, nous voici à la rivière. Le débit est vraiment impressionnant !La rivière avec une cascade au fond d'où plonge le siphon. Nicolas tentant une approche
Au fond, on voit une corde noire qui remonte une cascade. Ne voulant pas trop se mouiller davantage, nous n’irons pas plus loin. Nous voilà arrivés à une rivière souterraine sortant de nulle part après 7h de progression dans la grotte ; c’est juste irréel. Mais ce qui est encore plus fou, c’est de savoir qu’avant nous, des plongeurs souterrains sont venus ici. Ils ont emmené tout leur matériel de plongée, bombonnes d’oxygène et poids pour explorer le siphon sous la cascade. Le siphon fait plus de 300m de long et ouvre sur une galerie qui continue et aboutit à nouveau sur un siphon plus court cette fois. Ce siphon ouvre sur une galerie boueuse et étroite qui ne semble pas se terminer. Personne n’en a encore vu le bout car c’est tellement engagé déjà d’arriver jusqu’à la rivière mais ensuite de traverser des siphons... Parfois, lorsque je raconte un peu mes aventures, certains me disent que je suis un grand malade et que je fais des choses un peu hors du commun mais pas du tout… Il y en a des bien, bien, bien plus tarés et les plongeurs en spéléo en font partie ! Rien qu’imaginer l’accumulation des difficultés donne le tournis.Joanna sur le retour dans la galerie active de la grotte
Nous, nous rebroussons chemin à la rivière. On arrive au croisement où l'on s'est séparé du reste du groupe. A ce croisement, à droite la rampe de boue, tout droit le chemin du retour et derrière nous la rivière d’où l’on vient. Pour savoir si un des deux groupes est rentré, un petit cairn a été construit. S’il est détruit alors ça veut dire que l’autre groupe est déjà en train de retourner au bivouac. On s'est donné 18h comme dernier délai avant de repartir, il nous reste encore bien 1h30 à tuer. On décide de monter la rampe de boue à la rencontre de l’autre groupe. La montée est bien glissante ce qui nous fait redoubler d’ingéniosité pour augmenter notre adhérence ou s'accrocher dans les interstices de la roche de manière acrobatique. Sur les côtés, l’humidité des parois et la boue créent un paysage miniature. Comme des petits sapins pleins de neige sont sculptés en miniature.Joanna géante à coté de la petite foret de boue
Avec de l’imagination on peut aussi voir quelques collines et des rivières qui ruissellent. Malheureusement, je n’ai pas pris un objectif adapté pour photographier cette scène miniature incroyablement détaillée. J’essaie tout de même de l’immortaliser. Oui, vous avez bien lu, je suis en train de m’extasier devant des tas de boue au plus profond d’une grotte. Je n’ai pas honte et je le redis, c’est probablement une des plus belles choses que j’ai vues, de la boue peut être vue comme un paysage jurassien avec des sapins enneigés ! Je ne cesse de m’émerveiller de tout ce que la nature nous offre. Je reviens assez rapidement à mes esprits car la suite du chemin est bien glissant. On continue notre ascension dans une pente de plus en plus raide et glissante. Ça devient un véritable challenge de monter ne serait-ce qu’un mètre sans en dégringoler 20 dans ce toboggan. Tant bien que mal, on arrive sur un petit replat et là, plus rien, plus de suite. On n’en revient pas, où est l’autre groupe ? On a bien vu une corde en montant partant dans une cheminée, seraient-ils passés par là ? La corde semblait bien sale et connaissant Benjamin de l’autre groupe, il l’aurait probablement remplacé. On ira voir en descendant si l’on voit des traces de pas. Autant il est possible d'adhérer avec les genouillères et les mains à la montée autant pour la descente, c'est mission impossible. Parfois, les prises décrochent et il faut gérer la descente au mieux. Il faut rester très vigilant car à une telle distance de l'entrée de la grotte et vu l'engagement élevé, un accident peut très vite se révéler compliqué. Ressortir avec un bras, pied ou côtes cassées est très douloureux et il est difficile d'effectuer les manipulations sur corde. Il est quasiment inimaginable de sortir quelqu'un en brancard aussi profondément dans la grotte (ce compterais en semaines d'intervention intensive). On croise aussi quelques excentriquesPetites stalactites ne tombant pas à la verticale se nomment des excentriques
Nous voilà arrivés à la fameuse corde. Nico y grimpe, jette un œil et nous dit que ça vaut pas le coup, c’est que de la boue avec un puits, pas de traces. Bizarre, où ont-ils bien pu passer ? Nous voilà de retour au croisement, le cairn est toujours là. On décide de le casser et de retourner au bivouac. On leur laisse les affaires pour équiper et l’on prend le reste. Le retour est aussi horrible que l’aller avec la difficulté en plus que les « expérimentés » en spéléo ne sont pas avec nous. On doit retourner sur nos traces selon nos souvenirs et en repérant les catadioptres qui ont été placés la plupart du temps à des endroits stratégiques.Joanna passant devant une fusion d'une stalagmite et d'une stalactite. Une stalagmitetite?
On escalade, désescalade des puits et on traîne nos kits dans les boyaux de la grotte qui semblent interminables. Mes bras sont en feu, je vais avoir des courbatures toute la semaine, c’est sûr. Après quelques galères, nous voilà arrivés au camp de base. Il est 21h, on décide de nous inquiéter si l’on ne revoit pas le deuxième groupe d’ici minuit. Mais heureusement, ils arrivent vers 22h, juste au moment où l’on s’est bien mis à l’aise dans le bivouac avec quelques biscuits en apéro et le thé qui chauffe sur le réchaud. Visiblement, ils étaient bien partis sur la corde que l’on est allé repérer et ils sont bien partis dans ce puits plein de boue qui ne semblait pas super accueillant. Le groupe d’exploration nous confirme que c’était bien dég avec plein de boue et bien serré aussi. Finalement, pas mécontent d’être allé visiter cette rivière et avoir fait du toboggan :) Après avoir mangé un lyophilisé, on se couche assez tôt car demain on se lève aux aurores (même s’il n’y a pas vraiment d’aurore dans la grotte) pour sortir vers 14h.Bivouac éclairé par les frontales au petit matin (les couvertures de survie deviennent translucide)
Le lendemain, on plie tout le camp, on range le bidon à caca et l’on se met en route chacun avec deux kits.L'équipe bien boueuse avant de se mettre sur le chemin de la sortie. Lionel, Joanna, Oriane, Benjamin et Nicolas
Nous progressons lentement vers la sortie en traînant cette fois deux kits avec nous lorsque l’on rampe. À 1/3 de la sortie, on trouve Fred et trois amis à lui qui viennent dans l’autre sens pour visiter la grotte. On leur laisse deux kits qu’ils ramèneront lors de leur retour. On continue vers la sortie en se passant les kits à la chaîne dans les passages plus délicats. On arrive enfin au dernier puits ou Benjamin met un place un système de balancier pour monter 6 kits rapidement. Avec une poulie micro-traction, il se laisse descendre dans le vide et avec son poids, les sacs remontent. Et nous voilà dehors après plus de 50h sous terre pour équiper un passage risqué au fin fond de la grotte qui facilitera probablement les futures expéditions du GSR. Merci à Joanna pour la plupart des vidéos illustrant l'article. Merci à Benjamin pour l'organisation de l'expédition. Merci au GSR pour le matériel installé et le matériel de prêt. Merci à tous les participants pour leur aide dans le port du matériel mais surtout pour leur motivation et bonne humeur! Absolument vital d'être une bonne équipe lorsque l'on reste trois jours dans un milieu aussi hostile! A la prochaine pour de futurs expéditionsHabituellement, en cette période de l’année, nous nous retrouvons avec certains forumeurs d’Alpha DxD au Creux du Van. C’est devenu un peu un rituel et nous sommes en général une trentaine. Malheureusement, avec les restrictions covid entre les quarantaines imposées à l’allée et au retour ainsi qu’aux tests PCR à faire tous les 2j, il a judicieusement été décidé d’annuler la sortie.
Mais, Clément de Bordeau avait déjà pris ses billets d’avion (non remboursable) pour Genève. De quoi organiser une sortie découverte de la région dans la neige. Une belle excuse pour aller brasser les cm de poudreuse tombé ces derniers jours.
Après l’avoir récupéré jeudi soir à la gare, on monte tester les raquettes en vitesse sous des mélèzes.
Le jeu d’ombre et de lumière contraste bien avec le relief de l’Obergabelhorn
Obergabelhorn avec ses 4063m
Un peu à court d’idée pour le lendemain matin, je scrolle sur Instagram et voit passer une vidéo d'une cascade avec pleins de petites billes gelées formant des structures intéressantes au pied de la cascade. Je me dis que ça peut être une bonne idée d’image et comme la température avoisine les -6 en ce moment en plaine, il y a peut-être des chances d'avoir de jolies structures gelées. Malheureusement, pas de structure gelée à la cascade en question mais tout de même une chouette ambiances !
En montant l’après-midi sur le spot suivant, on fait un petit détour par les pyramides d’Euseigne. Ces demoiselles coiffées sont impressionnantes mais dur à photographier. Ce coté brumeux et neigeux aide peut-être à ajouter une ambiance plus mystique ?
Puis arrive la partie un peu plus challenge du weekend, partir en bivouac en condition hivernal. Le bulletin d’avalanche n’est pas très réjouissant, danger 4 sur 5 dans la plupart des alpes. J’ai pu trouver un coin avec relativement peu de neige fraiche (40cm) avec un danger de 3 sur 5 ce qui reste élevé pour ce type de sortie. Nous n’allons pas empreinter des pentes raides mais il y aura quelques passages avec des expo à avalanche. On s’équipe chacun d’un DVA pelle et sonde. Raquettes au pied, on progresse en direction du glacier.
Sur la montée, on croise une vieille femelle de bouquetin avec un comportement un peu bizarre. Elle ne semble pas marcher sur les arrêtes ou la neige est plus soufflée mais semble marcher avec peine dans les combes enneigées. On prend quelques images (on n’a pas vraiment pris les objectifs photos adéquats) et l’on fait un petit détour pour éviter de la déranger inutilement.
Bizarre une femelle bouquetin toute seul en période de rut. Ces derniers jours ne doivent vraiment pas être très loin…
Nous avons encore quelques km à parcourir et quelques mètres cubes de poudreuse à brasser avant d’arriver à notre destination avant la nuit !
La grotte de glace semble proche mais est encore loin… Mais à force de mettre une raquette devant l’autre, nous y sommes. Bien content de pouvoir montrer ce joyau de glace à Clément. Pour moi, c’est une des choses à voir avant de mourir (je ferais peut-être, un jour, la liste complète dans un autre article).
La grotte c’est encore effondré depuis la dernière fois. Tout un pan à l’intérieur c’est effondré recouvrant le sol d’un tapis de glaçon. C’est très esthétique mais ça indique à quel point c’est dangereux. J’étais venu la dernière fois, 1 mois de cela et cet effondrement n’y était pas !
Cet effondrement créer quelques structures originales, de quoi tenter quelques images qui changent un peu de l’ordinaire.
On profite aussi pour explorer une petite grotte annexe Un trou dans le plafond du glacier laisse entre un peu de lumière et de neige. Ca me fait penser à un sablier indiquant que le temps s'écoule dangereusement pour les glaciers qui fondront quasi tous dans le sièclePuis vient rapidement la nuit, vite monter la tente et tenter de réchauffer les pieds frigorifié de Clément. Malheureusement, j’ai oublié que mon piezo de réchaud ne fonctionnait plus… J’ai tenté plusieurs techniques pour enflammer le gaz à base d’étincelle avec la barre en métal d’un masque covid et ma pile de frontale. Malheureusement, les étincelles produites ne semblent pas assez chaudes pour inflammer le gaz. On se contentera de quelques barres de céréale pour la nuit.
Bien tout cosy dans mon sac, je me tourne vers Clément pour lui demander s’il a aussi eu bon chaud. Visiblement, ce ne fût pas tellement son cas… Bon, il se vengera car il me faudra plus de 20minutes pour enfiler mes chaussures en cuire imbibée d’eau la veille totalement congelée ce matin… Il a tout de même fait -7° cette nuit là !
On n’a pas vraiment le temps de profiter du lever de soleil qui est de toute façon inexistant avec cette brume omniprésente.
Il nous faut plier le camp fissa car à 11h, on a rendez-vous avec Lionel Fellay et Fabrice Pettruzi pour une petite sortie raquette dans la région d’Ollon.
Une fois le tout pacté dans les sacs, on entame la descente pour réchauffer doucement mais surement les oreilles de Clément. Sur la descente, on retrouve les traces du bouquetin dans la veille et là le verdict est sans appel. Les traces tournent en rond, plus de doute, elle est bien atteinte de keratokonjonctivite.
Une maladie transmise d’individu à d’autre individu via les mouches et qui rend opaque le cristallin. Notre bouquetin a donc une vue sacrément diminuée et passera probablement pas l’hiver…
Une fois à la voiture, celle-ci ne démarre pas. Heureusement, un tracteur s’occupant du déneigement de la route nous ponte la batterie et nous pouvons rapidement descendre en plaine.
Nous nous retrouvons toute l’équipe dans la région de Villard sur Ollon pour entamer une petite sortie raquette en forêt. L’ambiance est toujours très brumeuse mais se marrie bien avec ces arbres pleins de neige.
Ici, quasiment le double de neige est tombé. Malgré les raquettes, en faisant la trace, on a de la neige jusqu’aux anches, on ne voit même pas ses raquettes émerger de la poudreuse. L’exercice de cardio parfait ! KO après 100m si on sort de la piste principale.
Après avoir photographier quelques arbres brumeux, il est temps d’aller se réchauffer au gite de Solalex en mangeant une bonne fondue ! On profite aussi pour dormir bien au chaud.
Le lendemain, l’ambiance est tout autre ! Plus de brouillard, plus de nuage, tout c’est découvert. On voit maintenant distinctement le sommet des Diablerets ainsi que le miroir d’Argentine.
Quelques dizaines de minutes avant le lever du soleil, le sommet des montagnes prennent une teinte très rosée contrastant bien avec le bleu froid des arbres de l’alpage. Un fort vent souffle sur les crêtes donnant un coté apocalyptique aux sommets.Puis, le soleil se lève et les couleurs sont encore différente, les montagnes semblent prendre vie avec un aspect 3D impressionnant.
Une petite avalanche dévale une pente à notre gauche nous rappelant que nous sommes dans une zone à danger d’avalanche 4/5.
On devrait être protéger par l’épaisse foret faisant office de par avalanche naturel mais on n’est jamais trop sûr !
Puis, il est temps d’aller déjeuner avant de redescendre et de se quitter laisser Clément repartir au bord de l’océan !
Mise en place des chaines sur l'essieu arrière (avec des chaussures pas du tout adaptées)
Une fois les chaines fixées, quelques aller-retour sur la place pour pouvoir les tendre au mieux. Puis, on s'élance dans la fraîche poudreuse. Tous semble rouler à merveille, le premier km se fait relativement bien sans trop de grosse frayeur. Le fais d'avoir mis les chaines à l'arrière fait dévier un peu l'arrière de la voiture mais surtout, il est plus difficile de diriger. Sur un petit passage où la route est surélevée par rapport aux champs aux alentours, la voiture dévie tout doucement sur la gauche. Je tente de la ramener sur la route mais j'ai beau tourner le volant, la voiture continue son chemin hors de la route. Voila que l'on glisse sur le bas-coté et que l'on bascule complètement hors de la route. L'effet de balancier est vraiment impressionnant, je pensais vraiment que la voiture finirait sur le toit. Mais tout se passe bien, la voiture est au milieu du champ plein de neige, on ne sait pas s'il y a des cailloux qui se cachent sous l'épaisse couche de neige. A l'instinct, on remonte la pente pour revenir sur la route plein gaz. Maintenant, une chose est sûr, tout le monde à bon chaud! Pour éviter une mésaventure similaire dans un endroit moins hospitalier avec une plus grosse pente ou des arbres, on décide de changer les chaines de l'arrière de la voiture à l'avant pour gagner en maniabilité.Bertrand en train de monter les chaines sur l'essieu avant
Plus on avance et plus la hauteur de neige augmente. La neige est très humide ce qui est l'une des pires conditions possible pour progresser. Je me jure d'investir dans une deuxième paire de chaîne car la voiture dandine dans tous les sens.Patinage des roues avant
Une légère pente commence à se faire sentir. Il faut maintenant se reprendre à plusieurs fois pour avancer avec un peu d’élan donnant place à quelques gerbes de neige. On avance doucement mais surement: 2-3m par 2-3m. Malheureusement, lors d'une manœuvre de recule, les deux roues coté droit se retrouvent en dehors de la route un peu dans le vide. Je n'ai malheureusement pas de blocage de différentiel sur les essieux et nous voila bloqué sous une pluie battante. Je tente la technique du blocage de différentiel "du pauvre" en augmentant le frottement sur les roues avec le frein à main pour tenter sans succès de repartir. Il est temps de sortir les planches en bois à glisser sous les roues. Sans succès non plus, pas moyen d'avoir assez d’adhérence avec la planche pour sortir de ce pétrin. Libérer tout le châssis de la neige ne suffit pas non plus. Par hasard, j'avais mon équipement d'alpi dans la voiture et on tente même un mouflage x7 pour tirer la voiture hors du trou (ou du moins, qu'elle n'aille pas plus bas). Mais aucune chance, même en s'y mettant à 3, la voiture ne bouge pas d'un pouce... On abat deux sapins aux alentours pour les mettre sous les roues Mais le résultat est le même, le vehicule ne bouge pas d'un pouce et les branches de sapin se font aspirer sous les roues en moins d'une seconde. On commence vraiment à venir à cours d'idées après plus de 2h de débâcle trempé de la tête au pied en passant par le slip. On ne voit plus que deux possibilités: attendre le printemps ou demander un assistance de l'armée de l'air avec un super puma '^^ Puis, la discussion de la veille au bar me revient. Le collègue m'avait expliqué comment faire un treuil sans avoir de treuil sur la voiture. Il suffit d'accrocher une corde à un arbre et enrouler l'autre bout plusieurs fois autour d'une roue qui patine. En patinant, la roue va tendre la corde et une fois tendue, la roue en tournant va treuiller d'elle même la voiture hors du trou. Par miracle, l'auto-treuillage marche à merveille, nous revoilà sur la route. Plus question de continuer, il nous faut faire demi tour et préparer la voiture à redescendre pour le lendemain, le reste du trajet se fera en raquette. Ne pouvant pas faire demi-tour directement sur place, on recul avec la porte du coffre ouverte sur 200m avant de tourner la voiture. Il reste plus qu'a prier qu'il ne neige pas trop pendant la nuit pour pouvoir repartir. On part avec nos 3 sac sur le dos en direction de la grotte. Je ferme la marche car ayant oublié mes raquettes, je profite que les trois collègues me tassent un peu le chemin. Evidement, on se paume un peu dans les forets. Chaque arbre se ressemble mais pas de trou en vue pour l'instant. Les zig zag continuent mais finalement, le voila, après 2,6km d'errance! On trie les affaires détrempée du reste et on préparer les kit avec les cordes pour descendre explorer un embranchement particulier du gouffre. Ca commence directement avec un premier puits avec un fond à 75m. C'est une grotte très aérienne avec quelques passages techniques. On ne descend jamais complètement un puits mais on pendule directement dans le suivant. Lors d'un passage, il faut descendre et remonter sur la même corde, attention de ne pas s'eméler les pinceaux. Après avoir mangé un sandwich, on arrive vers l'un des premiers objectifs: la salle des seins. Le passage pour y arriver est sublime avec des concrétions et des salles immenses.Une des nombreuses concrétions décorant le chemin jusqu'à la salle des seins
Une fois à la salle des seins, on continue notre progression pour aller équiper le puits à explorer.Salle des seins avec Oriane remontant une paroi vers la suite du gouffre
En suite quelques passages plus serré et boueux nous attendent. Puis Lucien prend les devant et part équiper les puits suivants. En attendant, on découvre non loin de là une chauve souris en hibernation. Incroyable qu'elle soit descendue aussi bas pour passer l'hiver. Elle est juste à coté d'une petite cascade, on voit quelques goûtes en suspension dans son pelage. Il faut faire particulièrement attention de ne pas les sortir de leur état ralenti. Il faut éviter de faire du bruit, de trop les éclairer et surtout d'expirer de l'air chaud dans leur direction. Finalement, après être descendu une bonne 50ène de mètres, il nous faut faire demi-tour car le puits suivant est pris dans les eaux. Ca tombe bien car il commence à se faire tard et on a encore un bivouac à mettre en place pour la nuit! Le bivouac est installé dans la cavité dite Kolos-salleCavité Kolos-salle avec de gauche à droite: Oriane, Lucien et Bertrand
On installe des câbles pour faire "sécher" nos affaire de spéléo Puis, on décide de fermer une petite zone de la grotte à l'aide de câbles et de couvertures de survie pour se créer un petit coin cosy pour le bivouac.Perçage des trous pour les câbles tenant les couvertures de survie
Mise en place des couvertures de survie pour le bivouac de la nuit
L'emplacement du bivouac est optimal: une pente à 20° qui nous fait glisser avec nos matelas, un plafond à 30-50cm nous empêchant de nous mettre assis, des stalactites qui te goûte dessus à intervalle régulier et une glaise ultra salissante au sol (sans parler des 98% d'humidité et des 4°C de la grotte (mon natel ne survivra pas...))! Mais ça ne nous à pas empêché de passer une super soirée et d'attaquer les crêpes à 01:00 du mat une fois tout le camp de base mis en placeCrêpes sur réchaud à gaz
La dextérité d'Oriane lors du retournement de la crêpe
Le lendemain, il faut se réveiller, il est 9h. Le suspense est à son comble, a-t-il neigé ou plu? En cas de pluie, il est possible que nous ne puisons pas sortir en cas de crue. Mais avant ça, il nous faut se remettre dans nos combinaisons de spéléo pleine de glaise et enfiler nos chaussures détrempées. Une fois ce moment de plaisir passé, il reste le camps à démonter et tout recaser dans nos 3 sac respectifs. Il s'avère qu'il y a finalement moins d'eau que la veille dans les puits lors de la remontée! Bonne nouvelle mais il faudra s'attendre à avoir pas mal de neige à l'extérieur. La sortie est assez technique avec toutes les remontées des puits et les changement de cordes suspendu dans le vide. J'ai un peu de la peine à trouver quel éléments décrocher au bon moment et je me retrouve parfois coincé pendu au bout d'une corde et à moitier sur la suivante. Bref, mes bras sont en feu! Après une bonne centaine de mètres de remontée, on s'approche de la sortie car on trouve de la neige sur les paroies! (et on croise aussi le bonhomme de neige construit par Lucien pendant que l'on prenait des photos) Bertrand en se rapprochant de la paroi du puits éclaire les interstices de la roche d'une lumière froide contrastant avant l'éclaire chaud de Lucien se trouvant plus haut Finalement, après les nombreux puits à remonter, les passages plus étroits où l'on a du se passer nos sacs à la chaîne, on arrive enfin proche de la surface. L'air glacial s'engouffre dans la grotte, le courant d'air gèle notre matériel, les cordes se sont rigidifiées mais ne nous empêche pas de progresser. On était complètement détrempé dans la grotte et maintenant, une fois dehors, on congèle littéralement sur place! Il a bien neigé durant la nuit, on ne voit plus nos traces de la veille. Pas de temps à perdre, on enfile les vestes laissées à l'entrée de la grotte, on met les raquettes et c'est parti pour tracer dans la poudreuse. Une fois que l'on à rejoint la route, il ne reste plus qu'a la suivre pour tomber sur la voiture qui nous attend. Nous voila arrivé à la voiture bien recouverte de neige. On se change et on empile tout notre matos à l'arrière de la voiture. Elle est dans un état pitoyable, pleine de glaise et de neige :) La descente se fait étonnamment bien, la neige fraîche ne pose pas de problème particulier, rien à voir avec la neige lourde et humide de la veille! Une sortie mythique, mon premier bivouac sous terre et mes premières grosses galères avec la voiture dans la neige, un régal! A refaire :)