Ultra grand angle très lumineux, le 10mm f2.8 Laowa

Retour 10mm f2.8 Laowa

Un ultra grand angle lumineux tout en restant compact, pas besoin de beaucoup plus pour éveiller ma curiosité. J’aime beaucoup les ultra grands angles pour mes pratiques photos claustrophobiques. J’avais craqué pour le 9mm f5.6 de la même marque il y a quelques années pour ces raisons. Le plus grand angle linéaire plein format du marché.Ultra grand angle, il permettait des images qu’aucun autre objectif ne pouvait fournir ; cependant, f5.6 ce n’est pas vraiment lumineux. Ce 10mm, certes un poil moins grand angle, offre une ouverture de f2.8, ce qui le rend super intéressant pour la photo de ciel nocturne et d’espaces confinés peu lumineux. C’est aussi le premier objectif de la marque à intégrer un module autofocus, ce qui facilite grandement son utilisation.

espace confiné ou le grand angle permet d'amener une certaine grandeur dans l'image et de jouer avec les diagonales

Actuellement, mon setup grand angle se constitue comme suit : 10mm f2.8 Laowa, 14mm f1.8 GM Sony et 20mm f1.4 DG DN Sigma. Tous des ultra grands angles lumineux mais chacun avec leurs spécificités. Le 20mm est vraiment le roi de la photo astro avec son ouverture à f1.4 qui permet de capter tous les détails du ciel nocturne sans devoir recourir à des montures équatoriales. La focale de 20mm permet aussi d’avoir un centre de la voie lactée relativement important dans le cadrage là où, avec le 14mm, il commence à se faire plus discret. Le 14mm, lui, me permet d’avoir des cadrages plus osés avec des premiers plans plus imposants tout en incluant de larges paysages et toute la longueur de la voie lactée.Et le 10mm ? L’idée pour moi du 10mm est de couvrir un large champ de vision en une seule image (130°), permettant de faire des images en une prise de vue qui nécessitaient un panorama avec le 14mm ou le 20mm. C’est pour moi l’optique parfaite pour des time-lapses nocturnes montrant la voie lactée se déplacer dans un paysage.

Centre de la voie lactée avec le 10mm f2.8 Laowa

Son ouverture de f2.8 permet de capter les lueurs du ciel sans effet de filé, ce qui n’était pas possible avec le 9mm f5.6.

Comparons la taille relative du centre de la voie lactée par rapport au 14mm, 20mm et 35mm:

Centre de la voie lactée avec le 14mm f1.8 Sony

Centre de la voie lactée avec le 20mm f1.4 Sigma

Centre de la voie lactée avec le 35mm f1.2 Sigma

Bref, décortiquons un peu plus cet objectif de niche que j’utilise depuis un an maintenant.

Construction : Très bien construit comme tous les Laowa. Tout en métal, c’est robuste. Le 10mm est le premier objectif de leur nouvelle série avec un design teinté de bleu. Très métallique, sobre, on a un objectif qui fait mastoc et durable. Concernant la protection aux intempéries, forcé de constater que ce n’est pas parfait. Dans des milieux très humides et froids, de la condensation peut se créer derrière la lentille frontale (j’ai aussi eu ce problème avec le 9mm). On ne peut pas faire grand-chose que d’attendre que ça se dissipe. Ça n’arrive pas souvent et c’est vraiment dans des conditions extrêmes (sous terre avec 100% d’humidité et 5°C). L’objectif est très sobre et épuré. Juste une bague de mise au point et un switch AF/MF. Il faut donc contrôler le diaphragme via le boîtier (le petit dernier Laowa 12mm f2.8 a une bague de diaphragme). Ça peut être un peu perturbant de ne pas avoir le diaphragme sur le fût, il faut penser à contrôler ses réglages via le boîtier. L’essentiel est là avec le switch AF/MF qui permet de débrayer l’autofocus lors de prises de vue du ciel nocturne.Un bon point : malgré la grande ouverture et la focale, on peut visser des filtres de 77mm, très pratique pour faire des poses longues par exemple. Il faudra impérativement mettre des filtres slims pour éviter d’avoir un trop gros vignettage mécanique. Je n’ai pas vraiment testé avec des filtres mais il y a la possibilité, ce qui est assez remarquable avec les specs de l’objectif.

AF : En parlant d’autofocus, qu’en est-il ? On a tendance à dire que l’AF n’est pas forcément une nécessité sur ce genre de focale ultra grand angle car très rapidement, en fermant le diaphragme, tout est net avec l’hyperfocale. Je ne suis pas forcément d’accord avec ça car c’est piégeux. Se dire que si on ferme à f8, on fait la netteté à 2m et tout est net de 1m à l’infini est certes vrai en théorie mais en pratique, avec la définition de nos capteurs actuels de 60 Mpx, on est très net à 2m mais on est très moyen à 1m et à l’infini. Si on veut que notre sujet soit « razor sharp », il faut que la netteté soit faite sur lui et pas « juste » qu’il soit dans le champ de netteté. Évidemment, ça dépend de l’utilisation finale que l’on fait de l’image, taille d’impression, recadrage etc. Mais on verra que la qualité optique du 10mm n’est pas irréprochable et que plus on est proche de la zone de netteté, moins les défauts sont visibles. Tout ça pour dire que l’ajout d’un moteur AF chez Laowa, et même sur une optique ultra grand angle comme le 10mm, est un gros plus. Beaucoup moins de prise de tête pour faire la mise au point, un gain de temps certain et, par la même occasion, un gain en qualité d’image avec la netteté pile où elle doit être, là où en manuel on est plus approximatif (focus peaking) ou chronophage (zoom dans l’image). L'AF permet aussi de faire la netteté sur des sujets plus mobile et sort l'0bjectif de la photo de paysage uniquement.

sujet en mouvement ou l'AF est bien pratique même si très approximatif et hésitant si diaf fermé

Cependant, il ne faut pas s’attendre au standard d’AF de Sony ou Sigma avec des moteurs linéaires de dernière génération. L’AF du 10mm Laowa est très hésitant et lent, et pompe beaucoup si l’on cherche à faire la mise au point dans les bords.

Sa mise au point minimal de seulement 12cm, permet de bien mettre en valeur dès premier plan. La focal de 10mm permet d'exagérer la taille et vraiment le rendre impressionnant. Mais c'est assez dur à gérer et il faut souvent faire recourt au focus stacking

Premier plan très proche avec un focus stack pour les spéléo en arrière plan

Déformation : Le 10mm Laowa est vendu comme un « zero D », donc pas de déformation. Laowa a toute une gamme dans cette catégorie et ce qui est sûr, c’est que faire un 10mm sans déformation est très compliqué. Ils ont réussi à le faire en partie mais, du fait de la focale, il y a des compromis. On est sur l’un des plus grands angles pour plein format (seul le 9mm de la même marque est plus grand angle encore) et la gestion des déformations est vraiment impressionnante. L’horizon est bien plat, pas de bombage ni d’effet moustache, même si l’horizon n’est pas au centre. Les verticales sont bien droites et ne se transforment pas en tonneaux.

Les lignes droites restent droite, l'horizon n'est pas défromé

C’est vraiment impressionnant et très agréable et rend l’objectif utilisable pour des photos d’intérieur en archi, de reportage et de paysage. Ce n’est pas une optique « fun » comme un fish-eye ou autre, c’est une optique qui est vraiment exploitable. Après, dû à l’ultra grand angle, les lignes de fuite sont très exagérées. Si l’on tilt ne serait-ce que légèrement le boîtier, les verticales ne sont plus verticales et penchent vers l’intérieur de l’image (ou l’extérieur selon l’angle) mais elles restent droites. De par cet extrême angle de champ à ramener sur un capteur plat sans déformer les lignes droites, cela crée un effet un peu bizarre dans les angles. Je ne sais pas trop comment l’expliquer mais, en gros, si un objet traverse le cadrage à vitesse constante, sur la vidéo, il semblera aller plus vite quand il est au bord que lorsqu’il est dans le centre de l’image. Un peu comme s’il se faisait étirer dans les bords.

Bord de l'image étiré ce qui rend les parties du corps disproportionnellement grand par rapport à la tête moins déformée au centre

Cet effet est assez prononcé sur un ultra grand angle comme le 10mm, ce qui donne un effet bizarre si l’on regarde dans le viseur et balaie le paysage. Plus concrètement, ce n’est pas gênant pour une photo mais pour une vidéo, dans certains cas, ça peut donner un rendu bizarre. Où j’ai trouvé cela gênant, c’est dans un time-lapse de la voie lactée : on remarque que le déplacement de celle-ci n’est pas constant dans le cadrage.

https://youtu.be/ziNHZu_2TWw

Un autre piège fréquent avec le cadrage très large des grands angles est la différence de distance entre le centre et les bords. Typiquement, sur une photo de paysage, le centre de l’image peut être à 30m mais, du fait de l’extrême grand angle, la distance dans les coins peut être à nos pieds, à 1m et automatiquement, avec une netteté à 30m, l’angle à 1m sera flou et passablement « étiré ».

Il faut donc faire particulièrement attention aux bords qui peuvent être vite flous et vite étirés/déformés. C’est une focale qui demande du temps pour être maîtrisée et qui s’applique à des images assez spécifiques ; je considère que c’est une optique un peu de niche.

Quand est-il de la qualité d’image ? Malheureusement, il y a des compromis pour réussir à faire un objectif aussi grand angle et lumineux tout en restant très compact (avec même la possibilité de mettre des filtres). La petite lentille frontale induit un très gros vignettage qui fait perdre pas mal d’étoiles dans les angles en photo astro. Il faudra compenser ce vignettage pour des photos de paysage ou d’archi.En cas de contraste dans l’image, les aberrations chromatiques (AC) sont très présentes surtout aux grandes ouvertures.

image plein cadre

AC bien visible et difficile à corriger dans les contrasts

Plus on s’éloigne du point de netteté et plus les AC sont marquées, d’où mon accent sur l’importance et l’aide de la mise au point automatique plus haut. Faire une bonne mise au point précise permet de diminuer les AC sur le sujet. Généralement, les AC sont faciles à supprimer avec un clic sur Lightroom mais pour le 10mm, il semble avoir beaucoup de peine à détecter les AC malheureusement.L’effet étoile est très marqué sur le soleil ou autre source lumineuse dès que l’on ferme un peu le diaphragme.

effet étoile à f16

effet étoile à f8

Avec seulement 5 lamelles de diaphragme, l’étoile est très marquée et vraiment « typique » des Laowa. On aime ou on n’aime pas mais ça fait définitivement partie de la signature de l’objectif.Sa mise au point à 12cm permet de faire des photos de sujets proches et de garder l’ambiance / environnement autour. Je n’ai pas encore eu le temps de faire beaucoup de tests en mise au point rapprochée mais c’est quelque chose que je voudrais essayer avec le retour du beau temps l’année prochaine, avec des insectes et batraciens. À suivre.La qualité optique est bonne au centre et automatiquement, dans les bords, ça se dégrade assez vite, surtout avec cette problématique de distance qui change beaucoup dans les angles, qui ajoute un effet de flou pas toujours agréable à garder en compte. Il faudra penser à focus stacker de temps en temps pour éviter cette problématique.

Image non recadrée à f2.8 (notez le vignetage bien visible et les AC violet dans les arbres)

crop sur Lisa à f2.8. Qualité ok même si ca manque de détail. AC au niveau de la polaire blanche

crop dans l'angle à f2.8. Assez mou

image similaire à la précédente plein cadre à f8. Notez que les AC dans les arbres sont bien plus discret et le vignetage bien moins marqué

crop sur le sujet. AC bien moins marqué, plus de détail

Angle bien meilleur en fermant à f8

Coma La coma est vraiment bien maitrisé. Quelques effet un peu en croix sur les étoiles les plus lumineuses dans les angles extrèmes mais en comparaison à d'autres grand angles lumineux, c'est vraiment très bien maintenu. Le problème du vignetage qui attenue fortement les étoiles peux lumineuses est plus un problème que la coma.

image non traitée, sans recadrage à f2.8. Notez le vignetage très prononcé.

Un peu de coma sur les étoiles les plus lumineuses (l'effet de fillé est du au temps de pause et pas à l'objectif)

  Synthèse

+ Ultra grand angle (130°), 10mm linéaire sur plein format (un des plus grands angles du marché), pas de déformation de l’horizon et des verticals. Permet des images impossibles sans pano avec d’autres focales

+Très lumineux pour sa focale, f2.8 parfait pour de l’astro et des images avec peu de recul et faible éclairage

+ Compact, <500 g

+ Construction tout en métal, solide

+ AF qui dépanne (premier objectif AF chez Laowa)

+ mise au point minimal à 12cm permettant des photos rapprochée tout en gardant l’enviromenent

+ peu de coma même à f2.8, très bonne optique pour de l’astro hotographie time laps (attention vinetage et impression de déformation dans les angles)

+ bon piqué au centre et bord dès f5.6

+ Pas de déformation de l’horizon, pas de bombage des verticals, très faible distorsion pour un 10mm

+ Filtre vissant 77mm (habituellement pas possible sur les grands angles lumineux)

+ Effet étoiles avec le soleil et autres objets lumineux, très marqué et reconnaissable (diaphragme à 5 lamelles)

+ Coma très bien gérée

– AF lent et hésitant en faible luminosité, AF qui pompe sur les bords. Très hésitant si diaf fermé

– Mauvaise tropicalisation, condensation dans des conditions extrêmement humides et fraîches

– Optique de « niche » qui demande une phase d’apprentissage pour maîtriser les ultra grands angles (netteté dans les bords, étirement dans les bords et lignes de fuite)

– Piqué pas fou fou à pleine ouverture et mou dans les bords

– Vignettage très marqué faisant perdre des étoiles dans les angles en astro. À compenser en paysage. Moins visible à partir de f5.6

– Aberrations chromatiques fortes et difficiles à corriger, diminue drastiquement en fermant à f5.6 et +

– Effet d’étirement dans les bords en vidéo / time-lapse

  Quelques images faites avec le 10mm pour vous montrer ses possibilités et ces angles de vues originaux      
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Dans l’antre du glacier

Aller au cœur du glacier, ça se prépare. Les moulins se forment dans les replats des glaciers lors de l'été. Lors de la période estivale, une fois le glacier à nu, sans neige, la glace fond à la surface au contact des rayons du soleil. Cette eau liquide plus légère cherche un chemin et lorsque le glacier est sur un plateau, l'eau n'a pas d'autre choix que de creuser son passage au travers du glacier, formant d'impressionnants moulins. Des puits qui peuvent atteindre 40 à 60 m avant de continuer avec des méandres jusqu'à parfois atteindre le socle rocheux. Ces systèmes hydriques très actifs sont beaucoup trop dangereux à explorer pendant la majeure partie de l'année. Il faut attendre l'automne pour que la fonte du glacier cesse, mais il ne faut pas que la neige de l'hiver ait bouché les entrées. Nous espérons pouvoir faire plusieurs sorties dans des moulins de glace cette année, mais malheureusement l'automne a été très court en montagne et la neige est rapidement arrivée, rendant l'aventure bien plus compliquée.

Nous n'avons cependant pas baissé les bras et sommes partis à la rencontre de ce géant de glace. Il est fort probable que nous ne puissions pas explorer tous les recoins du glacier dû à la neige, mais ma foi, c'est ainsi.

On monte avec une bonne équipe, six au total. Pour se laisser un peu de temps pour explorer les moulins aux alentours, Stéphane a pris une tente que l'on installe directement sur le glacier, au bord du moulin principal. En attendant, les autres installent leur matériel de descente sur corde pendant que Benjamin et Gaëlle préparent l'équipement pour descendre dans le moulin principal.

D'ailleurs, c'est une toute nouvelle tente d'expédition 4 saisons que Stéphane veut tester avant de la prendre en expédition pour une traversée de l'Islande E-W en autonomie, tiré par les vents avec son kite. Il nous a fallu terrasser un peu le terrain pour aplanir l'emplacement de la tente et creuser une tranchée dans l'abside pour avoir de la place pour les pieds et s'asseoir confortablement. Une fois la tente installée, on stocke tous nos sacs avec les affaires non nécessaires pour l'exploration puis on s'attaque au puits.

Une paire de skis est utilisée comme ancrage dans la neige. Une corde est fixée aux skis enfouis sous la neige et permet de servir de point fixe pour descendre dans les entrailles du glacier. Des broches à glace sont installées à des points stratégiques par Benjamin pour permettre une descente la plus agréable possible, si l’on peut parler de confort dans ces conditions…

Nicolas quasiment arrivé au fond du premier puits. Plus haut, Joanna et Stéphane en train de descendre sur une autre corde en parallèle. Ce premier puits est vraiment impressionnant et nous fait directement entrer dans un nouveau monde constitué de glace bleue pure et vive, saupoudrée de neige. Le froid a figé des stalactites transformant le glacier en œuvre d'art. Joanna observe la sculpture avant de disparaître elle aussi dans les entrailles du glacier, là où la lumière ne pénètre plus. Après le premier puits, un méandre sinueux se profile à l'horizontal. On marche sur l'eau de fonte au sol, qui est partiellement gelée. Benjamin compare la texture à de la glace pilée que l'on trouve dans un mojito. On fait bien attention à mettre nos crampons sur les bords pour éviter une mauvaise surprise qui nous rendrait trempés de la tête aux pieds (le pire cauchemar dans cet environnement glacial isolé). La teinte de la glace est d'un bleu profond. Éclairées à l'aide de nos lampes frontales, les cupules dans la glace ressortent bien, pleines de facettes. Il faut s'imaginer ici que l'été, lors de la fonte du glacier, tout le méandre est rempli d'eau et que des centaines de litres par seconde s'écoulent dans ces bouillonnements. À l'aide d'un piolet technique pour la glace, on tente d'accéder à la partie supérieure du méandre. À la texture des bordures du méandre, on distingue aussi différentes hauteurs d'eau. Avec Nicolas comme échelle, on se rend bien compte de l'immensité du réseau hydrique. C'est un vrai privilège de pouvoir ainsi vivre le glacier de l'intérieur.

Avec la fonte et les courants d'air, d'étonnantes structures de givre se forment sur des stalactites.

Puis, au bout du méandre, l'eau replonge pour s'enfoncer encore plus dans le glacier. L'eau liquide étant plus légère que l'eau glacée, elle cherche à se frayer un chemin jusqu'au socle rocheux du glacier. Cependant, de par l'écoulement du glacier, celui-ci se déforme et a tendance à reboucher les chemins creusés par l'eau. Un équilibre se crée entre l'eau qui sculpte la glace et le glacier qui s'autoguérit. Nous, avec nos cordes et crampons, on découvre le résultat de cet équilibre, de ce magnifique hasard naturel.

Ici, Gaëlle en pleine progression dans les puits successifs qui s'enchaînent. Atteindrons-nous le socle rocheux ? Finalement, on arrive au bout. Ici, un lac semi-liquide s'est formé, terminant notre exploration. Certaines années, il est possible d'arriver jusqu'au socle rocheux, mais cette année, c'est le glacier qui a gagné le bras de fer contre l'eau ! Il est temps de remonter. Sur six, nous ne serons que trois à passer la nuit sur le glacier. Les autres de l'équipe se dépêchent de s'extirper du glacier pour redescendre en plaine avant la nuit. Pendant ce temps, Benjamin déséquipe le moulin en retirant toutes les broches à glace et les cordes. On profite avec Stéphane et Benjamin pour prendre quelques images. Ici, le méandre fait un contour à 180°, très impressionnant. Il n'est vraiment pas facile de faire des images esthétiques de l'intérieur du glacier sans humain pour donner une échelle ou un point d'accroche familier dans l'image. Je tente tout de même quelques images avec le méandre justement, qui rencontre une cascade figée dans le temps. Peu à peu, on sort de l'obscurité totale et de la lumière filtre depuis l'extérieur. La glace translucide ressemble à un joyau se teignant d'un bleu cristal. La neige fraîche légère, bien plus blanche, saupoudre le relief et contraste avec la glace froide et dure. Mais ce n'est pas tout, il faut maintenant remonter les 50 m de puits à la force des mains !

En attendant que Stéphane se hisse jusqu'à la surface et libère la corde pour que je puisse commencer mon ascension, j’en profite pour immortaliser le fond du puits. Mon esprit s'évade et je m'imagine des mondes de glace : ici, une grande salle des fêtes glacée avec son chandelier de cristal.

Une fois sortis du puits principal, on a juste le temps de dire au revoir à Joanna, Gaëlle et Nicolas qui repartent déjà pour la plaine. Avec Stéphane et Benjamin, on profite pour aller explorer le moulin dit « la cascade ». On se dépêche pour y être avant la tombée de la nuit. On refait un ancrage avec des skis et on se laisse glisser au fond du puits. Ce puits est vraiment très impressionnant, très profond et large. Benjamin, bien habitué à la spéléo sous-glacière, installe tout l'équipement, mais moi, je dois avouer avoir un petit coup de panique avec un début de vertige. Je me maintiens à la corde, fais une pause et pose ma respiration. Je me concentre vraiment sur mes inspirations et expirations pour faire redescendre mon rythme cardiaque à la normale. Ma jambe fébrile se stabilise et je descends les derniers 10 m sur corde.

Au fond, la neige a tout recouvert. On tente de creuser avec la pelle pour trouver la suite, un méandre, mais rien. Après deux heures à creuser, faux espoirs après faux espoirs, il faut se rendre à l'évidence : on ne trouvera pas de suite… La neige précoce nous empêche de continuer l'exploration, ce sera pour l'année prochaine…

D'ailleurs, la nuit est maintenant tombée. Il est l'heure de remonter au camp.

De nuit, l'ambiance change, on dirait presque que l'on est sur une autre planète. Stéphane, sur sa corde et sa frontale, me fait penser à un astronaute en apesanteur. Entre ses jambes, on distingue Benjamin se trouvant à un « fractio » plus bas. Il déséquipe le puits en attendant que Stéphane arrive à ma hauteur, se longe et libère la corde.

Stéphane arrive à la sortie du puits. Il change de corde et se fixe à la dernière ligne. Sa lampe frontale fait ressortir les douces courbes des corniches bordant le puits. Des corniches qui peuvent être fatales pour les imprudents qui voudraient observer d'un peu trop près. Ces corniches sont très instables et peuvent céder en cas de surpoids. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles on veut explorer les moulins avant les premières neiges.

Une fois de retour au camp, dans la tente, à l'abri du vent glacial, on met en route le réchaud. En attendant que la neige fonde puis que l'eau bout, on se régale d'un apéro à base de chips paprika, gruyère et saucisson. On ne se laisse pas abattre !

Une fois rassasiés, on se glisse dans nos sacs de couchage et l'on essaie de trouver le sommeil. Pendant toute la première partie de la nuit, on entend le crissement de la neige tomber sur la toile de la tente puis, en seconde partie de nuit, plus rien. Le froid se fait aussi plus mordant, un signe que le ciel s'est dégagé !

Au petit matin, 5 à 10 cm de neige ont recouvert la tente. Pas de quoi faire disparaître nos traces de la veille ni de tester la résistance de la nouvelle tente de Stéphane, mais largement de quoi donner une belle ambiance féérique d'hiver. Les couleurs matinales teintent le ciel d'un orange léger qui réchauffe l'atmosphère uniquement de manière visuelle. Pour mieux représenter l'immensité de ces moulins, ici le trou principal avec notre camp de base à côté. L'ambiance matinale est splendide mais fraîche ; j'ai empilé deux doudounes pour être à l'aise. Le vent s'est aussi beaucoup levé par rapport à hier, rendant l'expérience à l'extérieur moins agréable.

Ici, on voit la marmotte de Benjamin émerger doucement de la tente. Dans la neige, impossible de planter des sardines classiques. Pour maintenir la tente, on plante les bâtons de ski à l'envers pour tendre les cordes maintenant la tente en position. Avec le froid et l'humidité, du givre s'est formé sur les bâtons.

Malheureusement, c'est le moment pour Stéphane de nous quitter car il doit travailler en ce lundi. Benjamin a congé le lundi avec ses horaires irréguliers d'ambulancier et moi, j'ai congé le lundi avec mon taux de travail à 80 %. De quoi aller explorer un ou deux puits de plus si le temps nous le permet. Les espoirs de trouver une suite aux puits sont maigres avec cette neige, mais l'aventure est tout de même belle même si seul le premier puits est accessible. On décide d'aller voir le moulin du retraité. Comme d'habitude, on creuse une petite tranchée dite « boîte aux lettres » pour enfouir une paire de skis qui servira d'ancrage pour descendre au fond du puits. On se laisse glisser les 40-50 m jusqu'au fond rempli de neige.

On ne fera pas trop long. Avec le vent, des bourrasques de neige s'engouffrent dans l'abîme. Les dimensions sont impressionnantes ; malgré l'objectif ultra grand angle Sigma 14-24 mm f/2.8, il me faudra faire un panorama de plusieurs images pour capturer toute la verticalité du puits du retraité. Avec Benjamin, on n'est pas à 100 % dans nos crampons ce matin. Pour ma part, je commence à remonter sur la corde et c'est après 4 mètres que Benjamin me fait remarquer que j'ai oublié le sac à dos au fond du puits. Et lui, il oubliera son piolet au fond du moulin, qu'il devra aller rechercher par après. Bref, un mal de crâne s'installe doucement, on décide que l'aventure se termine ici et que l'on ne prospectera pas d'autres moulins aujourd'hui. Il est temps de repartir avec nos gros sacs très chargés. On remonte tout doucement en faisant de nombreuses pauses avant de redescendre à l'aide des installations mécaniques jusqu'en plaine.
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Dernière nouvelle du ciel

Un nouvel article pour publier et parler un peu des événements nocturnes assez fou de ces derniers temps ! Relativement prometteuse, on a eu le passage de la comète Lemmon en octobre. Le beau temps n’a malheureusement pas vraiment été au rendez-vous pendant le pic de visibilité. Néanmoins, j’ai profité d’une soirée bien dégagée sans lune pour tenter de l’apercevoir. Étant visible en début de nuit au nord-ouest, il a fallu que je prenne de la hauteur sur la rive droite du Rhône pour éviter la pollution lumineuse. Si l’on regarde vers le nord depuis la rive gauche depuis le Valais, la pollution lumineuse des villes en plaine comme Sion/Sierre/Martigny/Brig vient très vite compliquer la tâche. Cette pollution lumineuse parasite et fait comme un voile dans l’atmosphère qui empêche simplement de voir la comète. Je suis donc parti sur les hauts des mayens de My, plus haut que l’étang des Trente Pas. Au pied du Mont Gond avec une vue dégagée vers Derborence avec peu de pollution lumineuse. Pas évident de repérer cette comète qui est encore invisible à l’œil nu. Je me base sur des cartes du ciel nocturne et des prédictions de la position de la comète selon le jour. Il faut que je regarde dans le prolongement du manche caché de la Grande Ourse. Si je continue dans la même direction, je devrais tomber sur la comète. Je dégrossis aussi la zone en sachant à quel azimut la comète se trouve par rapport au nord. Avec une boussole, je sais où pointer l’objectif. La nuit tombe doucement, les premières étoiles commencent à faire leur apparition. L’étoile polaire devient bien visible, je mets en place mon trépied et la rotule équatoriale qui compense la rotation de la Terre. En compensant la rotation de la Terre, il m’est possible de prendre des photos avec un temps d’exposition plus long avant d’obtenir un flou trop important. Ce temps d’exposition prolongé me permet d’augmenter les détails dans la comète. Ce n’est malheureusement pas suffisant pour un objet si faiblement lumineux, il me faudra additionner plus de 150 images de la comète Lemmon pour obtenir ce résultat.

Comète Lemmon

Cependant, ce n’est pas ce genre d’images que je cherche à réaliser. Je veux mettre la curiosité céleste dans son contexte, avec un paysage ! J’avais bien repéré mon coin car je voulais avoir la comète au-dessus de la cabane du Glacier 3000. Créer une image un peu lunaire, insolite avec un terrain rocheux poli par le glacier qui s’est retiré. Le lapiaz avec la cabane et le glacier des Diablerets donne un contexte à l’image et une certaine éphémérité (je ne pense pas que ça se dit) à la scène avec cette comète qui ne reviendra plus pour les prochaines 1300 années.

Becca d'Audon Oldehore

Glacier 3000

Les Diablerets

Ma deuxième idée de composition était de capturer la comète au-dessus du glacier d’Aletsch mais malheureusement, le mauvais temps a empêché toute réalisation de cette image. Ce sera pour la prochaine fois ? Elle n’aura pas été aussi spectaculaire que la comète Néowise dont vous pouvez lire l’article ici   Plus récemment, en novembre, on a eu la chance d’avoir une tache solaire très active qui nous a expulsé un vent solaire très énergétique qui a provoqué des aurores boréales relativement fortes qui ont pu être vues jusque dans les Alpes. Depuis mai 2024, j’ouvre régulièrement l’application Aurora sur mon téléphone pour surveiller l’activité solaire. Pour ceux qui s’en souviennent, en mai 2024, il y a eu d’intenses aurores qui ont été vues jusqu’en Suisse, le KP (indice d’intensité des aurores) était alors monté jusqu’à 9-10 ! Malheureusement, j’étais en transit à Oslo pour le travail et je ne pouvais pas sortir de l’aéroport. En plus, il faisait vraiment très moche, je n’ai donc rien pu voir… Je dois avouer que depuis lors, j’étais un peu frustré de ne pas avoir pu observer cette beauté naturelle sous nos latitudes. Bref, tout ça pour dire que je regarde souvent l’activité solaire dans l’espoir que les aurores refassent leur apparition. Cette soirée-là, le KP indiquait 7 ce qui est très élevé mais limite pour les observer si bas. Le pic est à 4 h du matin, bref, pas si fou que ça… La nuit est un peu chamboulée, peut-être que ces vents solaires chargés m’ont sorti un peu de mon sommeil. Je me réveille au beau milieu de la nuit et machinalement je prends mon téléphone sur la table de nuit et rouvre l’application. Il est 4 h 30 et l’indice KP est monté à 8.5 ! Là, ça devient intéressant ! Je tape sur Google : webcam Zermatt. J’ouvre la webcam du Gornergrat et là, je vois que les aurores sont visibles en haute montagne ! Une lueur rose est visible au nord. Là, ma première réaction est une mini-déprime. Je me dis que j’aurais dû y croire et monter la veille en montagne pour avoir une chance de capturer ces aurores. Bref, un peu sans conviction, je vais sur mon balcon à Vex (un petit village au-dessus de Sion) et là, je la vois ! Le ciel est rosé, je le vois à l’œil nu ! Un éclatement de joie intérieur, une libération ! Je cours chercher mon appareil photo à l’intérieur et réveille Lisa qui se lève en sursaut. Pendant que je prends une photo complètement floue accoudé à la barrière du balcon, j’écris de l’autre main sur un petit groupe WhatsApp pour réveiller les autres chasseurs d’étoiles ! Tout feu tout flamme, après avoir confirmé les aurores avec l’appareil photo, je saute dans les chaussures en pyjama, enfile une grosse doudoune, cours à l’extérieur, tourne le contact, démarre la voiture et je vais me poster un peu plus haut dans un champ. Je ne voulais pas aller trop loin de peur que les aurores très éphémères ne disparaissent totalement. Je cours dans le champ, installe le trépied et prends cette image. J’ai les larmes qui me montent aux yeux et je commence à rigoler de joie. C’est fou, toute cette frustration qui avait sommeillé en moi depuis 1 an. Je ne saurais pas trop comment l’expliquer mais ça m’a fait un bien fou. Même si ces aurores de ce matin ne sont pas comparables à celles qui ont été vues en mai 2024, ça reste des aurores visibles depuis les Alpes, c’est fou ! Je laisse l’appareil dans le champ jusqu’au matin faisant un time-lapse de l’aurore. https://www.youtube.com/watch?v=s1PFgwjO7M8 Elle n’est pas très dynamique mais on la voit tout de même bouger légèrement et changer en intensité. On voit aussi les voitures rouler en face à Montana. On voit les lève-tôt qui partent déjà travailler à 5 h du matin et plus le temps passe et plus les voitures sont nombreuses. Sur la fin du time-lapse, on remarque aussi le nombre complètement fou de satellites qui traversent le ciel. Avec plus de 1600 images au final, je profite pour faire une compilation de toutes les images. Cette synthèse montre la rotation de la Terre avec l’étoile polaire au centre qui ne bouge presque pas. On voit aussi les lueurs rosées dues à l’aurore. Le lendemain, on se motive avec une équipe (Stéphane et Léo) pour tenter de voir les aurores qui promettent d’être encore plus fortes que ce matin. Pour couper le suspens, on ne voit rien car relativement couvert à l’horizon et finalement les aurores ne se sont pas vraiment montrées. Ça aura été l’occasion d’aller se balader un peu dans la neige dans la région de Thyon. Ce sera pour une prochaine fois! D’ailleurs, la tache solaire est toujours très active, la prochaine fois qu’elle sera à nouveau orientée vers la Terre sera dans 26 jours ! Il faudra rester aux aguets ! Puis, ce sera la fin de ce pique solaire, il faudra attendre 11ans avant que l'activité ne remonte aussi fort.
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Parapente dans la couronne impériale

Le week-end dernier, avec Lisa, nous avons eu la chance de passer une journée en parapente en biplace. Les conditions étaient idéales : une météo très clémente, et un « plafond », comme disent les parapentistes, très haut. La veille, l’équipe de parapentistes du Jura, les Cracoucasses, avait réussi à s’élever à plus de 4 600 m, pulvérisant pour la plupart leur record personnel d’altitude !

Évidemment, en biplace, ce n’est pas voler comme en solo, et il sera très difficile de reproduire un vol similaire. La tension est à son comble, la journée s’annonce mémorable avant même de commencer !Il faut dire que je ne suis pas non plus complètement serein. N’ayant jamais fait de parapente, il est difficile de savoir comment je vivrai le vol. Il arrive très souvent d’avoir le « mal de mer » ou d’avoir très froid, ce qui oblige à se poser au plus vite pour éviter un malaise.

Mais nous nous étions équipés en conséquence ! Un parapente vole à une vitesse moyenne de 30 à 40 km/h, ce qui veut dire qu’un vent glacial (0 °C à 3 400 m ce jour-là) nous souffle constamment dessus, et l’on est totalement statique dans la sellette.Ces belles conditions exigent, toutefois, une grande expérience de la part du pilote pour savoir les exploiter : lire le terrain, sentir les thermiques, rester dans l’œil du courant ascendant pour gagner de l’altitude tout en gardant la stabilité de l’aile. En automne, les thermiques mettent plus de temps à se former, et c’est vers 13 h que les conditions sont les plus favorables pour un long vol.

Pour s’échauffer, et surtout pour s’habituer au vol en biplace, on commence dès le matin. Arrivés à la station de Zinal, nous prenons les premières remontées mécaniques pour nous rendre sur la plateforme de décollage sous la corne de Sorebois. En attendant, un parapentiste du groupe, Loïc, nous rejoint à pied : c’est son entraînement « hike and fly », une discipline de course en parapente.

Sur la plateforme, nous déployons les voiles, démêlons les suspentes, superposons les couches de vêtements, et nous installons dans les sellettes. Lisa en biplace avec Diego, moi avec Arnaud : chacun reçoit un débrief sur le décollage, le comportement en vol et, plus important encore, l’atterrissage.

Diego et Lisa en biplace se préparant au décollage juste au dessus de l'espace Weisshorn

Le moment fatidique approche. Arnaud fixe ma sellette à la sienne avec deux mousquetons, et c’est l’instant de courir, penchés en avant sur la pente, pour quitter le sol. Une sensation incroyable : d’abord l’aile offre une bonne résistance pendant la course, puis, peu à peu, les caissons se remplissent d’air, l’aile se soulève, et la vitesse s’accroit. Je me sens de plus en plus léger jusqu’à courir dans le vide : je n’ai plus pied.Quel silence, on file dans les airs sans bruit. Pas très à l’aise dans ma sellette, j’ai l’impression de glisser vers l’avant. Arnaud, le pilote, s’en rend compte immédiatement, et à l’aide de ses genoux, me repositionne. Une fois bien installé, quelques respirations plus tard pour me calmer, tout va bien.

Les conditions matinales en automne sont très calmes : les thermiques ne sont pas encore en place, et notre vol est de type « plouf ». C’est-à-dire que nous descendons assez rapidement vers la piste d’atterrissage. Nous en profitons toutefois pour découvrir le plat de Lalé vu du ciel. Arnaud, fidèle à ses acrobaties, me demande si je suis motivé pour tester une figure "en face planète". Commençant à être à l’aise après ces quelques minutes de vol, j’accepte. La voile biplace de 42 m² étant un gros engin, il faut d’abord faire quelques zigzags pour amorcer la rotation du 360°. Puis Arnaud met toute la pression vers la gauche, et nous voilà partis en « face planette ». Je ne m’attendais pas à ressentir une telle force : c’est étrange de se retrouver plus haut que l’aile qui nous porte ! Mon œil droit perd rapidement la vue, et l’œil gauche ne distingue plus que le centre du champ visuel ! Après quelques 360°, la vision redevient normale instantanément.Impressionnant. Chapeau à Arnaud, qui maîtrise son aile à la perfection ! Après quelques secondes pour reprendre mes esprits, je me rends compte de l’altitude perdue en quelques rotations : nous sommes juste au-dessus des toits de Zinal. Le matin, le vent descend des montagnes vers la vallée, car l’air est plus froid en altitude. Il nous oblige donc à atterrir contre le vent, en remontant la pente.

L’atterrissage se fait tout en douceur : une petite « ressource » permet de perdre de la vitesse et d’atterrir « comme une fleur ». Un premier vol d’environ quinze minutes, quelle sensation, vraiment incroyable !

Tracé gps du premier vol

Nous ne perdons pas de temps et reprenons les cabines pour enchainer avec un second vol. Les conditions restent très calmes. Plus à l'aise, cette fois, je sors l’appareil photo pour prendre quelques images en vol. Nous décollons après Diego et Lisa, entourés par le reste de l’équipe des Cracoucasses (Marie, Linsey, Lucas et Loïc, qui nous a déjà rejoint à pied). Un vol tranquille, semblable au premier.Nous suivons l’autre biplace, parfaitement aligné avec le Zinalrothorn, de quoi prendre une belle image souvenir du vol !

Diego et Lisa en biplace allant en direction du Zinalrothorn avec Loïc plus loin en plein virage. A droite le Besso reconnaissable avec ces deux pointes

Loïc nous fait une petite approche pour nous saluer, un « touché d’ailes » avant de repartir. Puis nous enchaînons une série de 360° : cette fois-ci, sachant à quoi m’attendre, ça se passe beaucoup mieux pour moi, et je peux profiter à la fois de l’acrobatie et du paysage.

Marie avec sa voile Pressor entrain de faire un 360°

Lucas et Marie au dessus de Zinal

Cette fois, le vent de vallée commence à changer, on le remarque aux manches à air près de la piste. Avec le soleil désormais plus intense, l’air de la plaine se réchauffe et monte en altitude. Nous devons donc atterrir dans l’autre sens, en évitant une voiture stationnée non loin de la piste.

Tracé GPS du deuxième vol

Le temps est venu d’aller déjeuner avec toute l’équipe avant que le grand vol ne commence ! Cette fois, nous grimpons au sommet de la corne de Sorebois et attendons longtemps pour décoller dans les meilleures conditions possibles.Nous ne sommes pas seuls : beaucoup de parapentistes sont également présents. Les bonnes conditions de la veille ont bien circulé, et tout le monde veut tenter d’atteindre des hauteurs vertigineuses ! Le vent est un peu capricieux, et parfois des « dust devils » apparaissent, des mini-tornades qui emportent les voiles posées au sol.

En attendant des conditions parfaites, nous observons les autres parapentes dans le ciel : quelle stratégie adoptent-ils ? Où sont les thermiques ?Avec des rafales de vent un peu imprévisibles, une partie du groupe décide de décoller plus bas, où les conditions sont plus stables. Avec Arnaud, nous déplaçons notre voile qui s’est emmêlée sur un autre versant de la corne. Après l’avoir dépliée, et avec l’aide d’un autre parapentiste, nous profitons d’un moment d’accalmie pour nous élancer sur la pente et reprendre les cieux.

Préparation des voiles au décolage de la corne de Sorebois. Marie, Diego et Lisa préparent le matériel un peu plus bas

Recherche de thermique le long de l'arrête avec de nombreux autres parapentes

Cette fois, le style de vol change totalement : nous longeons l’arête à la recherche de thermiques. C’est très surprenant quand on entre dans un courant ascendant : on est tiré vers le haut, un peu comme dans une montagne russe. Plus on monte rapidement, plus le “bip” du variomètre est intense. C’est un petit instrument très pratique pour détecter et rester dans un thermique : ses bips nous accompagneront tout au long du vol. Cela devient rassurant avec le temps dentendre ce sont qui nous indique que nous prennons de la hauteur. Après quelques difficultés initiales pour trouver un thermique porteur, nous entrons dans un fort courant ascendant qui nous élève de 2 900 m à plus de 3 300 m. Les abords des thermiques sont très turbulents : nous avons connu une belle frayeur lorsque l’aile s’est partiellement fermée, nous faisant chuter de plusieurs mètres. Mais l’expérience d’Arnaud et la stabilité des ailes biplaces permettent de rouvrir rapidement la voile et de reprendre l’ascension.Il faut avoir le cœur bien accroché ! Impressionnant de voir à quelle vitesse on gagne de l’altitude. Nous sommes à plus de 3 300 m, et il commence à faire sérieusement froid, nous flirtions avec le 0 °C.

Suspendu, les pieds dans le vide à 3300m d'altitude

Au loin, le mont Blanc (4'806m), plus haut sommet des alpes, s'impose par sa masse

La vue sur le fond de la vallée de Zinal depuis le parapente: Zinalrothorn (4'221m), Mt Rose (4'634m), Ober Gabelhorn (4'064m), Cervin (4'478m) et dent Blanche (4'357m)

C’est la grande traversée désormais : nous quittons notre thermique pour traverser toute la vallée et tenter de rejoindre la cabane de Tracuit en face. Plus nous sommes hauts au départ, plus nos chances de réussir à raccrocher l’autre versant sont bonnes.

petit selfi avec Arnaud pendant la traversée

Traversée avec un autre parapente en direction de la cabane de tracuit (en bas à gauche au pied du glacier 3'259m). Bishorn (4'203m) , et Weisshorn  (4'505m) plus haut.

Quel contraste entre ce vol chahuté et la traversée, beaucoup plus paisible. Les bips du vario se sont désormais tus, car nous perdons de l’altitude avec la distance. Sur une traversée de 7 km, nous avons perdu 1 800 m ! Arrivés en face, nous cherchons de nouveaux thermiques pour regagner l'altitude perdue, mais ils semblent rares ou insuffisants.

Depuis là-haut, on distingue mieux un glacier rocheux — des rochers maintenus ensemble par de la glace, glissant tel un glacier traditionnel. Avec le temps, la glace entre les blocs a fondu, figée le glacier rocheux dans le temps.

Nous longeons les crêtes, à la recherche du moindre bip qui nous indiquerait une reprise d’ascension.

L'ombre du biplace dans la falaise que l'on frole pour "grater" un peu d'altitude.

un autre parapentiste en recherche de thermique devant la pointe de Zinal (3'791m)

Nous sommes très proches des falaises, ce qui est un peu risqué pour un biplace, moins agile en vol. Les autres parapentistes du secteur sont dans la même quête. Lorsqu’un d’eux semble monter, nous le rejoignons pour essayer de profiter du thermique. Nous « grattons » petit à petit, quelques mètres ici et là.

Un peu plus loin, nous apercevons deux gypaètes dans la falaise : eux aussi cherchent des thermiques, mais sont nettement plus habiles que nous. Nous les accompagnons pour survoler les arêtes. Rapidement, nos trajectoires se séparent : les gypaètes partent chasser un grand corbeau !

C’est un comportement que je n’avais presque jamais observé : habituellement, ce sont plutôt les corvidés, plus territoriaux, qui houspillent les rapaces.

Finalement, après une heure à frôler les falaises, les thermiques deviennent plus consistants et la vue devient plus sympa.Nous voyons plus bas la voile orange de Marie qui semble retourner sur Zinal. Je ne vois plus celle de Diego et Lisa, j’espère qu’ils ont pu faire un beau vol. Il semble que l'on poursuivra la fin du vol seul.

Nous passons de nouveau au-dessus de la cabane de Tracuit, et remontons audessus du Bishorn.

Cabane de Tracuit (3'259m)

Arrête vers le Weisshorn (4'505m) entre ombre et lumière

Corniche devant le Weisshorn (4'505m)

 face nord du Weisshorn (4'506m) avec Zinalrothorn (4'221m) et Cervin (4'478m) en arrière plan

Nous dépassons les 4 000 m d’altitude! Quelle joie, mais aussi quel froid! Même avec pantalon de ski et doudoune, le vent glacial nous transperce. Sur le Bishorn, des parapentistes se sont posés pour faire une pause : incroyable de survoler ce sommet que Lisa et moi avions gravi un an auparavant.

Parapentistes décollant du sommet du Bishorn (4'151m)

Nous continuons notre progression vers le massif du Weisshorn (4 506 m). Nous tentons de monter le plus haut possible pour le rejoindre, mais il faut se rendre à l’évidence : cela ne sera pas possible. Arnaud me dit que même en solo ils ont l'air de galéré, difficile donc d’espérer côtoyer ce sommet avec un biplace. Nous atteignons néanmoins 4 300 m d’altitude : la vue est splendide ! Le Zinalrothorn se dresse telle une aiguille majestueuse.

Au loin, un parapentiste tourne autour du Zinalrothorn (4'221m)

Duo de géant, Cervin (4'478m) VS Zinalrothorn (4'221m)

On croise aussi Fabio, un parapentiste jurassien qui profitent aussi des paysages grandioses. De là en haut, la vue est imprenable, on voit le massif du mont Rose

Les plus hauts sommets Suisse dans le massif du mt rose avec Nordend (4'609m) et la pointe Dufour (4'634m)

On décide de continuer notre boucle pour aller rendre visite au Zinalrothorn. On frôle ses glaciers suspendus, la vue est irréelle. On passe sous le Zinalrothorn et l’on part en direction du Besso. Il nous faut passer un petit col et nous avons juste assez de hauteur pour y parvenir.

le col "arrête du blanc" que l'on a réussi à passer de justesse

Derrière cette arête s’ouvre un tout nouveau panorama : immense émerveillement devant le glacier de Zinal qui se fraie un passage entre les géants. On ressent vraiment ce caractère vivant du glacier qui prend naissance à l’Ober Gabelhorn et à la Dent Blanche et coule dans la plaine.

Ober Gabelhorn (4'064m)

Ober Gabelhorn (4'064m), Cervin (4'478m) et dent Blanche (4'357m)

panorama au dessus du Besso (3'669m) avec le Zinalrothorn (4'221m), Mt Rose (4'634m), Trifthorn (3'729m), Ober Gabelhorn (4'064m), Cervin (4'478m) et dent Blanche (4'357m)

La vue est splendide, mais le temps presse : il faut rentrer. Les thermiques commencent à s’essouffler avec la baisse de l’ensoleillement. Nous retraversons la plaine pour regagner les hauteurs de Moiry.

Un deuxième selfi avec Arnaud pendant la traversée avec le Cervin dans notre dos

De cette hauteur, on prend vraiment conscience de la taille des différentes vallées, de la taille des différentes montagnes, de l’ampleur des glaciers ainsi que de la chance de pouvoir planner tel un gypaète !

Les séracs du glacier de Moiry

Nous redescendons au-dessus du glacier de Moiry, passons au-dessus de la cabane, et glissons doucement jusqu’à la corne de Sorebois, notre point de décollage initial. Les installations de Zinal sont désormais à l’arrêt, et le ciel est vide de parapente. Nous survolons Zinal puis concluons ce vol par une belle série de 360° avant de poser les pieds à terre après trois heures en l’air ! Un vol incroyable! Quelle sensation étrange d’avoir de nouveau les pieds sur terre. Les jambes sont toutes engourdies par le froid et l’immobilité. Après avoir fêté ce vol d’un gros câlin avec Arnaud, nous replions la voile et rejoignons les autres, qui avaient atterri une heure plus tôt.

Parcours GPS du troisième vol avec le panorama montagneux aux allentour. 16'000m de D+, >100km et 3h de vol au total

Des paysages magnifiques plein les yeux, des souvenirs plein la tête ! Une journée tout simplement exceptionnelle, vraiment beau de voir ces montagnes depuis les airs ! Un immense merci à Arnaud et à toute l’équipe des Cracoucasses pour m’avoir permis de vivre ça ! Bon vent à tous
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Icebergs alpin

Un paysage tout droit sorti d’un univers fantastique. Comme si quelqu’un avait voulu créer un paysage de toutes pièces. Un glacier miniature finissant sa course dans un lac d’altitude. Ce miniglacier culminant à 2600m d’altitude se cache bien à l’ombre sous une face nord en forme de cirque. Comme les grands glaciers d’Island ou du Groenland, il lui arrive de vêler. Un bout du glacier se brise suite à une combinaison de l’avancée du glacier qui s’enfonce dans le lac et de la force exercée par l’eau qui tente de remonter la glace comme un bouchon. En 2019, avec Anja Kalenbach et Sylvain Boullin, nous sommes montés pour la première fois découvrir si cette légende existait vraiment. Malheureusement, l’ascension depuis le coté valaisan c’est avéré plus compliqué que prévu. Sans vrais chemins et sans réseau, après un grand détour qui à rallongé la randonnée de 10km et de 900m+, au milieu de la nuit, le lieu mythique est enfin mis en boîte. La nuit était claire, parfaite pour la voie lactée. Quelque peu frustré de ne pas avoir pu profiter plus que ça de ce lieu magique, on y retourne le weekend d’après avec Stéphane Weissbaum. Cette fois-ci par le côté Tessinois plus court mais beaucoup plus raide. Après avoir passé 30min à récolter de la pyrite (or des fous) sur les rochers, nous arrivons sur place. On y installe la tente sur un névés aux abords du lac et l’on profite de la nuit qui tombe. Le ciel prend feu et capture les derniers rayons du soir. La réverbération de la lumière des nuages sur la glace bleutée créer un mélange de couleur étonnant entre rose et bleu ! La nuit s’installe, au loin, le ciel s’illumine par moments, la chaleur de l’été provoque des éclairs. Finalement, la voie lactée fait aussi son apparition. https://youtu.be/3dT6vnyrXR0 Je lance un petit time laps pour capturer le mouvement des nuages et des éclairs. Stéphane sent la fatigue arriver et va se coucher pour la nuit dans sa tente. Le chemin qu’il a pris est resté imprimé sur la photo avec la lumière de sa lampe frontale ! Au petit matin, le spectacle continue avec le soleil se montrant timidement par le col ou nous sommes arrivés la veille ! Un lieu magique, des scènes incroyables, des images plein les cartes et des souvenirs plein la tête. C’était en 2019, oui, 6ans déjà ! Je n’arrête pas de me répéter qu’il faut que j’y retourne. Voir si les icebergs sont encore là ? Le miniglacier est-il toujours accroché à ce fasse nord ? 6ans plus tard, j’arrive a remotiver Stéphane pour y retourner. Seulement une condition, il veut passer par la voie valaisanne. Il dit que c’est plus court en termes d’approche en voiture mais en vrais, c’est surtout qu’il déteste repasser par des chemins qu’il a déjà empruntés… Finalement, j’accepte le compromis et l’on se met en route vers ce lieu mythique. Cette fois-ci, le chemin semble plus marqué mais il faut rester concentré. Beaucoup de pierriers et de rivières nous font obstacle. On bivouaque au pied de la dernière montée que l’on attaquera à 3h du matin pour arriver au sommet avant le lever du jour. L’ascension est rude, éclairé par nos frontales, on monte dans le pierrier et les moraines à plus de 45° par endroits, c’est très instable. Arrivé en haut, les étoiles brillent encore malgré une lune presque pleine. C’est l’heure bleu. La lune se couche à son rythme. Je prends une photo du lac lorsque la lune semble se poser sur un pic rocheux. Le jour continue de se lever et cette magnifique bande rose saumonée apparaît au loin. L’ombre de la terre laisse place au lever du soleil. En prenant un peu d’altitude avec le drone, le cirque ressemble étrangement à un vieux cratère de volcan remplit par les eaux de fonte. En parlant de fonte, on voit clairement le changement de pente, la ligne où se trouvait le glacier il y a 6ans. C’est fou le volume qu’il a perdu, sa partie de droite a quasiment complètement fondu et il a perdu son embonpoint au centre. Les icebergs sont aussi bien moins nombreux et la partie du glacier qui était sous l’eau a quasiment totalement fondu (une grosse partie c’est cassé en 2021) Une petite compilation vidéo au drone: https://youtu.be/LK9yHGBT4S4 Finalement, le soleil fait son apparition et c’est déjà l’heure pour nous de redescendre dans la vallée. La tentation est trop grande et un mois plus tard, anouveau avec Stéphane nous remontons au glacier. Cette fois-ci, nous prennons un kayak pliable avec nous. On se dit que naviguer entre les icebergs doit être une expérience folle! Je passe à mon travail chercher un cacolet (Lastenkraxe en allemand), merci le laboratoire EERL pour le soutien :) Quel chargement! le kayak dépasse les 9kg et il y a tout le matériel photo en plus! Heureusement, on a économiser avec le rest. Pas de tente ni de sandwich '^^ Arrivé au col, c'est l'émerveillement! Le lac qui était quasi vide de glace il y a un mois est tout blanc! De la glace pillée, un mojito géant! On n'en revient pas, le glacier vient de véler et d'énorme iceberg ont dérivé dans le lac! On profite des quelques heures restantes avant le coucher du soleil pour faire un petit tour de kayak. J'ai aussi pris le caisson étanche pour photographier les iceberges sous l'eau. Malheureusement, ce n'est pas une grande reussit car l'eau est très laiteuse. On croise un photographe allemand Hannes Becker sur place qui profitait d'un séjour en Suisse pour découvrir ce glacier. Je vous invite a découvrir son travail ici: https://www.hannesbecker.com/ Il nous a pris en photo lorsque l'on naviguait Le coucher de soleil à mis le feu aux nuages. Le rougissement des nuages complète le bleu froid de la glace. Puis, la lune se lève transformant l'ambiance Ici, on remarque bien la cassure récente du vélage du glacier. La nuit fût fraiche et avec les iceberges dans le lac, une fine couche de glace c'est formée à la surface du lac. Un voile nuageux nous prive d'un beau lever de soleil, en attendant, on décide de tout de même tenter une balade en kayak sur le lac gelé. Pas évident de casser cette fine couche de glace tout en restant stable avec le kayak. Stéphane s'élance pour un tour et je tente d'imortaliser son aventure. Le voyez-vous parmis les glacons? Les icebergs sont majestueux et impressionnant, on se sent tout petit a leur pied! Malgrès le fait que ce soit un kayak une place, on tente le diable et nous nous jetons à la mer tous les deux. La ligne de flottaisons est très basse. Il faut faire attention à la répartition du poids dans le kayak pour éviter de couler au milieu de ces eaux glacées. Hannes Becker imortalise la scène depuis le rivage Eiko nous surveille aussi depuis le rivage. Il a de la peine à comprendre ce que l'on fait, il doit nous prendre pour des fous! Puis, encore une photo depuis le rivage avant de redescendre en plaine Joyaux glacé des alpes condamné à disparaître d'ici 10 ans. Signe de sa fonte rapide, le glacier vêle relâchant des tonnes de glace dans le lac qu'il a creusé lorsqu'il était au top de sa forme. La taille des icebergs est dementiel. Un dernier soubresauts dans son agonie, le glacier nous offre son chant du cygne. On se sent si petit en naviguant dans ses entrailles. A découvrir en vidéo! https://youtu.be/LWfEc7Is2bM Si les routes sont encore ouverte en fin de saison et qu'il neige pas trop, nous prévoyons de remonter avec les patins à glace pour glisser entre les icebergs. Je mettrais à jour ce billet de blog si ca se concrétise! Merci pour votre lecture et bonne randonnée dans les montagnes à vous.    
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La photographie astro enfin abordable ?

12mm f1.4 DC DN Sigma   Sigma continue fort dans la gamme APSC nommée DC. Après le zoom grand angle 17-40mm f1.8, Sigma nous dévoile un ultra grand angle 12mm f1.4. Très léger avec seulement 225grammes, un poids plume ! Cet ultra grand angle (18mm équivalent plein format) ultra-lumineux semble être l’optique d’astro parfaite. Je reçois beaucoup de demande de conseil pour la prise de photo nocturne et malheureusement, la technique et la théorie sont importante mais dans ce domaine, le matériel est un facteur très limitant. Pour faire une photographie de la voie lactée sans techniques avancées (empilement d’images, ou suivit d’étoiles avec rotule motorisée), une optique ultra-lumineuse et grand angle fait toute la différence. En particulier l’ouverture est primordiale pour capturer les faibles lueurs venant du confins de l’espace. Il y a un monde entre f2.8, f2 et f1.4 (deux fois plus deux lumières à chaque fois), c’est le jour et la nuit littéralement. On voit que le gain de 1stop avec f1.4 fait ici toute la différence! Les étoiles ne sont quasiement plus visible à f2 et si on remonte la luminosité en post prod (deuxième ligne) on remarque que le bruit et des dérives de couleurs apparaissent très rapidement. Seulement, ce genre d’optique a un coût stratosphérique et un poids qui va en décourager plus d’un à prendre l’objectif sur le terrain. Ici, ce 12mm est 3 fois plus compact, moins lourd et moins cher que les optiques habituelles ! Bien sûr, c’est un objectif pour aps-c mais les boîtiers aps-c sont aussi plus compacts et moins chers.

Comparaison a7rIV+20mmf1.4 vs a6000+12mmf1.4

Pour exemple, pour ce test, j’ai utilisé le combo a6000 + 12mm f1.4 pendant 1mois. Le prix du combo 150.- le boîtier d’occasion (il date d’il y a plus de 10ans, 2014) et 650.- l’objectif neuf, ça nous fait un couple à 800.- et 500 grammes. Plus réalistement avec un capteur récent, un a6100 et le 12mm vous donnent un ticket d’entrée pour l’astro à 1100.-.   Abordable mais après ? Pour la photographie nocturne, on aime bien avoir les raccourcis et verrouillage directement sur l’objectif. Le Sigma étant de la gamme contemporary, il n’y a pas de bague de diaf ni de bouton AF/MF pourtant bien pratique. Il faudra passer par le boitier pour changer ces réglages. Le mieux étant toujours de programmer un mode personnalisable spécifiquement pour l’astro ou les iso est déjà fixé, à pleine ouverture, le focus en manuel et un petit retardateur de deux secondes. Ainsi, en activant le mode programmable, vous êtes sûr d’avoir tous les réglages prêts pour l’astro sans vous poser de question. Mais il n’y a pas que l’astro dans la vie, la grande ouverture est aussi pratique pour prendre des photos de paysage ou de la vie courante à main levée lorsque la lumière est faible en intérieur ou à l’aube/crépuscule. Le 12mm est aussi une optique parfaite pour montrer l’immensité d’un paysage ou pour magnifier un premier plan en s’approchant. Une petite cascade apparaîtra très impressionnante par rapport à l’arrière-plan. Une gentiane sera bien mise en valeur dans un paysage de lever de soleil brumeux. Mais attention aux déformations et effets loufoque! Plus s’est éloigné et plus les perspectives sont exagérément repoussées forçant les lignes de fuites. On peut utiliser cet effet à bon escient pour montrer la grandeur d’une canopée par exemple. Ça en devient presque graphique. Le grand-angle permet aussi de photographier des espaces très restreints avec peu de recul (12mm) et peu de lumière (f1.4) comme une petite grotte de glace (photo prise à main levée). Sa compacité en fait un complément grand angle facile à caser au fond d’un sac photo ce qui est rarement le cas des autres grands-angles. Ainsi, on peut l’emporter partout lors des balades photos, rando, trek. Mais qu’en est-il de la qualité de l’objectif ? A pleine ouverture, le vignetage est bien présent ce qui peut atténuer quelques étoiles dans les angles et aussi compliquer la prise de vue de panorama faisant apparaître des lignes plus sombre comme l’image ci-dessous. Le vignetage disparaît une fois l’objectif fermé à f4. La lentille frontale étant petite, l’objectif résiste bien au reflet indésirable de la lumière, le flare est bien maîtrisé même lorsque le soleil est en plein cadre. Notez aussi l’effet d’étoile très esthétique formé grâce au diaphragme de l’objectif. Si le soleil est plus fort, du flare peut apparaître comme sur la gauche de cette image (les autres points lumineux sont dû au fait que je n’ai pas bien nettoyé la lentille frontale). La qualité optique est très bonne comme Sigma nous y habitue depuis longtemps, rien à reprocher ce qui est très impressionnant pour un ultra grand angle. On remarquera une légère distorsion mais normal à cette focale. La coma (dès point lumineux qui ne est pas parfaitement rond) est quasiment inexistante dans les bords, vraiment très légers dans les angles et disparaît totalement dès f2.8. En définitif, petit, compact, pas cher et ultra-lumineux. L’ultra grand angle complémentaire pour des photos de paysage original. Un ticket d’entrée abordable pour le monde de l’astro où l’ouverture de l’optique est primordiale (bien plus important qu’un bon boîtier comme le démontre mon vieux a6000 de 11ans d’âge pour les photos d’exemple). Un objectif parfait pour la photographie d’intérieur ou l’on n’a pas trop de recul. Bref une optique sympa pour s’amuser avec des angles particuliers.   + ultra-grand angle (12mm aps-c, équivalent 18mm FF) + ultra-lumineux (f1.4 soit 4x plus lumineux qu’un 12mm f2.8) + ultra-compact, peux se prendre partout + léger avec seulement 225grammes + possibilité de visser un filtre ND/Polarisant + prix abordable + piqué excélent au centre et dans les bords dès la pleine ouverture + coma très maîtrisé + parfait pour débuter en astrophotographie sans se ruiner + parfait pour des images originales avec exagération du premier plan + bonne gestion du flare, AC + tropicalisation + AF rapide   - Vignetage prononcé à pleine ouverture, disparaît dès f4 - Manque quelques raccourcis sur le fût du boîtier bien pratique (switch AF/MF)   Ci-dessous, d’autres images prisent avec le 12mm  
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