Comète Neowise

Voyager dans l’espace, voir d’autres galaxies, d’autres planètes, sauter de cailloux en cailloux sur la ceinture d’astéroïdes. Des rêves d’enfance mais pourtant, cet espace si immense et inatteignable peut tout de même être visible depuis notre Terre.

En voici un bon exemple, actuellement la comète C/2020 F3 aussi surnommée Neowise (nom du satellite l’ayant découverte) est visible dans le ciel nocturne. Son histoire est fascinante et semble sortir d’un film de science fiction. Il nous est possible d’observer un bout de roche et de glace en dérive dans notre système solaire. Elle peut nous venir du nuage d’Oort à plus de 30’000 unités astronomique d’ici. Attirée par la gravité du soleil, elle tourne autour de celle-ci sur une orbite elliptique. Sa prochaine apparition dans notre ciel aura lieu dans 6500années !

C’est lorsqu’elle s’approche du soleil que la glace et la poussière à sa surface est sublimée. Une partie de la masse de la comète passe de l’état solide directement à l’état de gaz. Ce gaz est ensuite balayé par le pression de rayonnement solaire ce qui donne la queue à la comète visible dans notre ciel. Cette queue est légèrement courbée car les particules relâchées sont aussi attirées par la gravité du soleil. Parfois une seconde queue droite plus bleutée est aussi visible, celle-ci est composée de plasma propulsé à haute vitesse par le vent solaire.

En bref, il nous est donc possible de voir un bout de roche de plus d’une dizaine de kilomètre de diamètre venant de la limite de notre système solaire tournant autour de notre étoile tous les 6500ans. C’est ce genre d’événement qui nous remet un peu à notre place, nous terriens sur notre petite bille bleue.

Elle est visible pendant tout le mois de juillet 2020 à l’horizon au petit matin vers les 3:30 direction NE et sur la fin du mois, elle peut être observée à la tombée de la nuit jusqu’à 23:00 direction NW.

Étant trop jeune pour me rappeler de la comète Halley, ce sera ma première observation de comète. Je règle le réveil sur 3h et vais me coucher. Au petit matin, je monte le plus haut possible en montagne pour dégager au maximum mon horizon et aussi m’éloigner de la pollution lumineuse. En montant, j’aperçois un voile très clair et blanc quasiment immaculé. Serais-ce de la pollution lumineuse ? Non, c’est jaunâtre habituellement. Je regarde plus attentivement et je distingue une sorte de drapé pleins de plis dans le ciel. Le déclique se fait, c’est ma première observation de nuages noctulescents !

 

Ce sont des nuages très haut dans le ciel, dans la mésosphère soit à environ 80km d’altitude. La température y est glaciale, dans les -120°, ces nuages sont donc des particules de glaces éclairée par le soleil qui ne c’est pas encore levé.

 

Et c’est ensuite que je découvre la comète au dessus de ces nuages noctulescents. Quel spectacle, deux événements incroyables simultanément. Je ne savais pas encore si la comète serait visible à l’oeil nu. Le doute est dissipé, elle brille de mille feu. Après quelques instants à observer le spectacle, je pose mon appareil sur le trépied pour immortaliser ce moment unique.

 

Puis l’aube arrive et la comète et les nuages disparaissent laissant place à un ciel bleu uniforme puis les nuages classiques fait de petites gouttelettes d’eau en suspension rougissent en captant les premiers rayons lumineux.

Me voila amoureux de cette comète. Un peu déçus de ne pas avoir de premier plan pour la mettre en valeur, je cherche une idée de paysage interessant orienté NE. Pas évident de trouver une scène qui s’y prête bien, je suis plutôt habitué à des paysages orienté sud car c’est là que l’on peut voir la voie lactée. Après de longue réflexion, je pense au glacier d’Aletsch, le plus grand glacier du continent Européen qui est orienté nord.

Pour mettre en boite la comète dans ce décors, il faut dormir sur place. Je jette dans mon sac le matériel de bivouac ainsi qu’une collection d’objectifs ne sachant pas lequel s’y prêtera le mieux (15mmf2, 24mmf1.4, 100mmf2.8 et 100-400mmf4.5/5.6). En basquette, j’attaque la montée depuis Bettmeralp, longe le glacier puis le chemin se transforme en course d’arrête. Ce n’est pas vraiment le bon endroit pour se promener en basquette de trail… 1100m de dénivelé plus loin, me voilà au bon emplacement pour espérer photographier la comète avec le glacier. J’ai comme un doute car la comète est orientée NE et le glacier est plutôt N. J’ai peur que la comète soit trop à droite ne pouvant ainsi pas la photographier avec le reste du paysage.

Un autre soucis survient, il va falloir trouver un place pour dormir parmi ces cailloux. Je commence par faire une place plus ou moins plate ensuite je pose mon sol de tente et me rend compte que la place est bien trop petite. Impossible de planter des sardines, je cale donc le tout avec des rochers. Les absides ne peuvent pas vraiment être déployées. Coté montagne je la coince entre deux cailloux et de l’autre coté je la fixe à mon sac pour éviter qu’elles se fassent battre pas le vent.

 

En installant le camp, je me rend compte que j’ai oublié mon matelas gonflable… La nuit sera courte et douloureuse pour le dos, je ne perd pas trop de temps avant d’aller me coucher. Je laisse l’appareil sur le trépied pour faire une circo polaire pendant la nuit. Le problème est que très vite, le ciel se remplit de nuage dégradant fortement le rendu de la circumpolaire. Je vous la partage tout de même, ca montre bien l’orientation nord du glacier.

 

Au réveil, c’est la déprime, le ciel recouvert de nuage et je vois à peine les étoiles. Par principe je prépare quand même mon matériel en time laps pour espérer voir sortir la comète. Sans trop d’espoir, je met en route la fonction de prise de vue à interval régulier et je vais me promener pour me réchauffer un peu.

Le temps passe, il est 3:20 et voila que j’aperçois une petite traînée sortir d’une pointe. Ca doit être elle, ça doit être la comète. Au pas de course pour rejoindre l’appareil, arrêter le time laps et sortir la longue focale pour lui tirer le portrait. Maintenant, je la voit bien, elle est dans le seul coin de tout le ciel sans nuage, quelle chance!

 

Une composition symétrique gauche droite avec juste la comète qui vient casser cette balance. On dirait la fin du monde avec une boule de feu venant s’écraser sur la terre. Mais très vite, elle disparaît derrière les nuages. En moins de 10min elle est sorti de l’horizon puis c’est cachée derrière les nuages. Je suis tout de même aux anges car je ne pensais pas la voir du tout!

Plus tard, en regardant le time laps, je trouve une image avec le glacier où la comète est bien visible

 

Le jour ce lève et la comète est définitivement dissipée. Je profite pour retourner faire un petit somme jusqu’a 5h pour ne pas rater le lever de soleil. En sortant de la tente, c’est le spectacle, tout est doré. Je me précipite chercher l’appareil et commence à faire un panorama pour montrer l’immensité du glacier.

 

Derrière moi, les premiers rayons éclaire les 4000 dans une magnifique ambiance rosée, de quoi bien commencer la journée!

 

Les jours passent et il est maintenant possible de voir la comète le soir tombée. Elle est direction NO puis se couche derrière l’horizon avant de réapparaître au NE pour la fin de la nuit. Je réfléchi à une composition inintéressante avec la comète et originale. Je pense à un lac de montagne pour avoir une réflexion de la comète. Un lac haut en altitude avec un horizon dégagé sur le NO. La plupart des grand lac sont des barrages qui ne sont pas très esthétique car dans la direction N en général on voit directement le mur du barrage en béton pas vraiment esthétique.

Après un long moment de recherche, je pense au lac du grand désert qui pourrait bien être orienté. Je monte dans l’après-midi, contrôle l’orientation avec ma boussole. Je me rend compte que la zone de visibilité pour la comète est très restreint. Je commence à douter, peut être que je ne la verrais pas du tout? Je m’éloigne un peut et montre sur un monticule rocheurx non loin du lac pour observer l’arrivée de la comète une fois la nuit tombée. Je profite pour manger une fois le coucher de soleil passé. Il y a beaucoup de nuage, pas sûr que la comète fera son apparition. Assez pessimiste, vers 22:40, j’aperçois la comète et sa traînée dans le ciel. Je cours au bord du lac pour la mettre en boite. Une fois au bord de l’eau, je ne vois plus la comète. Est-elle juste derrière la montagne cachée par l’angle au bord du lac? Je commence à faire le tour du lac pour trouver un point de vue avec la comète. Le temps est limité car elle va bientôt passer sous l’horizon. J’estime que je n’ai pas le temps de faire le tour du lac et je le traverse à pied… Avec les chaussures… J’arrive de l’autre coté avec les pieds complètement trempé et même un bout de mon short. La température est sous les 0° car du givre commence à apparaître sur les cailloux. Une fois de l’autre coté, toujours pas de comète… Elle est derrière les nuages.

En attendant que les nuages se dissipent et que la comète réapparaissent, je me retourne et profite de la nuit sombre pour photographier la voie lactée.

 

Une 20ène de minutes plus tard, les nuages au sud se dissipent et la comète devient visible. C’est un moment magique, l’image que j’avais en tête se réalise: un reflet de la comète dans le lac.

On distingue même la deuxième queue ionisée de la comète. Contrairement à la première courbée par l’attraction du soleil, la deuxième queue ionisée est rectiligne.

La comète est à présent passée sous l’horizon. Elle va réapparaître dans 5h en direction du NE. Malheureusement, la vallée est mal orientée, il ne sera pas possible de la photographier ici. Sans idée de composition, je décide de rentrer à la maison. Impossible de traverser le pont pour traverser la rivière. Avec le temps, il c’est affaissé et le givre empêche de tenir dessus sans tomber à l’eau. Mes pieds sont déja mouillé, je traverse donc à nouveau la rivière à pied… A moitier gelé, je met le chauffage au pied à 100% dans la voiture et me met en route. Sur le chemin, une idée me vient. Pourquoi pas faire une photo de la comète à travers la fenêtre? Ainsi, une fois l’image faite, je serais déjà à coté de mon lit pour terminer la nuit.

 

A nouveau, je me creuse les méninges pour essayer de trouver une idée de composition originale. J’ai une idée un peu folle, pourquoi pas photographier la comète au travers d’un trou dans un glacier? Je me met en route, monte jusqu’au glacier. Je découvre que ma jolie grotte de glace est bien mal en point, bien effondrée mais surtout que la visibilité sur l’horizon n’est vraiment pas bonne. Je me rend à l’évidence, il ne sera pas possible de voir la comète d’ici.

En désespoir de cause, je prend un peu d’altitude pour observer la comète. En attendant que la comète apparaisse, un ver luisant me tien compagnie. Je suis en émerveillement, d’un coté on a un rocher de glace se promenant dans l’espace autour du soleil tous les 6000ans et juste à coté de moi, il y a un tout petit insecte capable de produire de la lumière. C’est magique!

 

Le heures passent et voici la comète faisant son apparition dans le ciel. Juste au dessus de la pointe d’une montagne, ca me fait penser à un volcan.

 

La nuit suivante, je compte bien réaliser une image de la comète avec un arbre mort. Le problème, c’est que je ne connais pas d’arbre mort bien orienté… Avec mon père qui n’a encore jamais vu la comète, on se met à la recherche des arbres. Malheureusement, on en trouvera pas de beaux. Je prend tout de même en photo un arbre vivant avec la comète pour la peine.

 

Mon père me dit quelque peu déçus en regarde l’écran arrière de l’appareil photo: « on ne la voie pas aussi bien en vrais ». C’est vrais, comme pour la voie lactée, le capteur de l’appareil photo est plus sensible à la lumière que l’oeil humain et les objectifs permettre d’enregistrer plus de lumière que l’oeil. Sur l’image en question qui est affichée en dessous, en vrais les couleurs chaudes du ciel ne sont pas visible et la comète est bien moins lumineuse. Pour le sol, on perçoit difficilement la différence entre la terre et l’eau du sol.

 

Avec un ami photgraphe, Lionel Fellay, on réfléchi à une composition orientée nord ouest. Après pas mal de recherche, il trouve une montagne avec une forme bien particulière qui pourrait convenir. Le paysage est très rocailleux et la forme de la montagne fait penser aux Dolomites.

La sortie est prévue pour le weekend mais malheureusement, je dois m’en aller seul, Lionel Fellay à un début de rhume. Après quelques heures de marche et 800m de montée positif, j’arrive enfin au pied de la montagne repéré. Enfin, je suis au pied de la montagne selon la carte car sur place je ne vois rien. Un épais brouillard règne sur la crête, on ne voit pas à 2m. Sur place, un jeune photographe et déja présent. Après avoir discuté quelques mots, il s’avère qu’il n’est pas là pour la comète mais plutôt pour le lever/coucher de soleil. Ce sera donc une première pour lui de shooter le ciel étoilé, dire qu’il se serait probablement couché sans voir la comète. On installe le camp pour la nuit et on soupe en attendant que le brouillard se dissipe.

Les heures passes et il est l’heure pour le coucher de soleil. Malheureusement, le brouillard est toujours présent, c’est rappé pour le coucher… On pensait que tout était perdu mais miraculeusement, le brouillard se retire.

Le coucher de soleil est passé mais il reste quelques couleurs dans le ciel. On voit même la comète commencer à apparaître.

A ce stade, la comète n’est pas très visible. Il faut vraiment se concentrer pour la distinguer. Mais plus les heures avance et plus il est facile à la repérer. Mais sa luminosité n’est pas du tout comparable aux premières sorties que j’ai faite en début de ce message.

Cette nuit, il n’y a pas de lune, le ciel est extrêmement clair. Ces conditions exceptionnelles permettent de mettre en valeur la deuxième queue de la comète!

La grande ours est aussi dans le ciel, j’en ai profité pour composer l’image avec elle. Il est assez facile à trouver la comète en se repérant avec la grande ourse.

Avant d’aller se coucher, je met l’appareil photo en time laps pour tenter une circo polaire au dessus du pic.

Au petit matin, je récupère l’appareil toujours en train de prendre des photos pour la circo polaire et je rejoint le sommet pour le lever du soleil. Après quelques minutes, les premiers rayons réchauffe la roche. Les couleurs orangées rendent le paysage suréaliste, on se croirait sur la planet rouge, Mars!

Il est maintenant temps de redescendre, un diner en famille m’attend.

 

Je suis resté un peu sur ma fin avec cette photo d’arbre prise quelque jour plus tôt. Je voudrais bien avoir une photo de comète avec un arbre mort. Il faut à nouveau se creuser les méninges pour trouver une idée. La réponse était en fait sous mes yeux, je suis déja passé une 10ène de fois à ce barrage devant ces arbres. J’avais mis cette option de coté car l’orientation NE de la comète au début ne permettait pas de la voire. Maintenant, en début de soirée, la comète est orientée NO ce qui colle parfaitement à mes arbres.

On se remet en voiture et me voila au pied des arbres. La nuit tombe et la comète devient visible. J’attend que la Terre tourne et place la comète au bon endroit par rapport aux arbres et je déclenche.

 

 

 

 

*svp remplissez toutes les cases. Merci!
  • Fabienne dit :

    Génial merci beaucoup. Juste superbe
    Wouaouuuu

  • Tomek dit :

    Bien cool cet envers du décor, pour découvrir comment tu as réalisé chaque photo. Et les photos sont superbes !

  • Svet dit :

    Merci pour ces beaux partages! J’adore observer tous les phénomènes avec les nuages et simplement le ciel. J’ai l’impression d’y être.
    Les photos sont à couper le souffle.
    J’adore celle du ver luisant.
    Bravo pour cette passion et merci de nous partager toit cela. C’est précieux.

  • Veronique.duffour-fellay dit :

    J’adore c’est juste magnifique. Les photos me font rêver
    Et c’est super bien expliqué. On s’y croirait.
    Merci beaucoup pour le partage
    Bravo

  • Guy dit :

    C’est une série magnifique avec de beaux points de vue en premier plan et mettant en valeur le ciel et la comète. Bravo