Grotte aux Fées – Jura Vaudois

Pour préparer les 4000m, il faut s’entrainer à avoir les bons gestes pour faire une remontée sur corde. Benjamin organise un petit cours clandestin dans une grange d’un ami. J’invite Stéphane, mon compagnon de cordée pour le projet de la liste des 4000. Il y a aussi Emma, une alpiniste, et en cours de route, Joanna, une autre grimpeuse, ramène du matériel et se laisse convaincre de rester avec nous pour faire les exercices. Au programme : remontées sur cordes ainsi que mouflages avec facteurs de multiplication de force de 3, 5 et 7. Nous faisons une courte pause à midi avec un burger king à l’emporter, (aucun restaurant ne livrait après 13h). La journée fût bien remplie et le refresh des manipulations de base était bienvenu.

Au détour d’une discussion, Benjamin annonce qu’il va visiter une grotte le lendemain dans le Jura Vaudois et demande si quelqu’un voudrait venir. La grotte en question est une succession de puits qui descendent jusqu’à -150 mètres sous terre. Tout fou et ne sachant pas du tout dans quoi je m’embarque, je suis partant pour l’aventure. Benjamin, imaginant déjà la catastrophe, n’ose pas me dire non et voilà que le lendemain, nous sommes sur la route pour la Grotte aux Fées, à Vallorbe. Dans la voiture, deux spéléologues chevronnés, Oriane et Léonard, sont de la partie. Un 5ème spéléologue nous rejoint sur place.

La température extérieure est négative et le sol est recouvert d’au moins 30 cm de neige. Un peu frileux, nous décidons d’entrer plus ou moins légalement dans l’appartement d’un de leur collègue spéléologue de la Vallée de Joux. J’apprends de plus en plus à connaitre cette sphère très étrange des spéléologues qui se révèlent être très ? ouverts ? Je profite de la halte pour emprunter une paire de chaussons néoprènes au propriétaire absent. Il est prévu de faire quelques brasses dans l’eau et ma combinaison néoprène est quelque peu poreuse au niveau des orteils.

Une fois équipés pour l’exploration de la grotte (transformé en Télétubbies violet avec ma combinaison), nous remontons une route enneigée où nous croisons quelques personnes et passons pour des fous en combinaisons. Après quelques difficultés pour trouver l’entrée de la grotte sous la neige, nous y entrons. La Grotte aux Fées est gigantesque et de nombreuses galeries restent à ce jour inexplorées. Bien que voisin, le réseau des Fées est distinct de la Grotte de Vallorbe, connue et aménagée pour le tourisme.

À quelques mètres de l’entrée nous trouvons un petit carnet d’informations à remplir, permettant aux secours de savoir combien de corps ils peuvent espérer retrouver. Rapidement, la grotte continue à la verticale. Huit puits pour un total de 154m de descente.

 

À l’entrée, Léonard m’explique comment passer la corde dans mon descendeur puis, c’est parti pour la descente dans le vide et l’obscurité. Au fur et à mesure de la descente, les gestes deviennent automatiques mais je fais tout de même systématiquement contrôler mon matériel à mon mentor, Léonard. Sur la descente, nous croisons deux chauves-souris en pleine hibernation.

Les chauves-souris ne sont pas tellement dérangées par nos bruits mais plutôt par l’air chaud de notre souffle et de nos lumières. Elles sortent de leur hibernation lorsque la température augmente, signe de la fin de l’hiver. Il faut donc éviter de leur souffler dessus. Une fois au fond des puits nous avançons dans une partie horizontale et labyrinthique tant il y a de boyaux creusés par l’eau dans la roche calcaire.

Nous nous déplaçons en rampant ou à quatre pattes lorsque la hauteur le permet. Nous marchons dans un mélange d’argile visqueuse avec 5 à 10cm d’eau. Pour ceux qui ont vu la scène, on dirait les déplacements du basilique dans Harry Potter. Après s’être perdus une fois, on ne trouve pas Voldemort au bout du labyrinthe mais la salle dite « des épées ».

Avec le temps, l’eau a sculpté la roche, laissant place à des formes d’épées, de fines lames de roche fragile. Nous nous efforçons de poser les pieds sur les plus épaisses d’entre elles afin de ne pas les endommager. Quelques mètres plus loin, la grotte est inondée, la suite devra se faire à la nage dans une rivière et des lacs. Avant de changer d’équipement et de mettre nos combinaisons néoprènes, nous en profitons pour manger un morceau et prendre quelques images. L’humidité et la température sont telles que nous fumons de toutes parts.

Une fois le ventre plein, il est temps de se jeter à l’eau glaciale.

Il n’est franchement pas évident de nager avec des bottes aux pieds et un appareil photo dans un caisson étanche dans la main.

Les quatre autres semblent relativement bien le prendre, je dois être le seul à ne pas nager dans des eaux à 4°C toutes les semaines ?

Tout est absolument sublime ici-bas mais le temps vient à manquer, je ne peux pas photographier tout ce qui devrait l’être. Pour bien faire, il faudrait installer un bivouac et y passer plus d’une journée. Ce sera pour une autre fois.

En plus des épées, on trouve aussi des concrétions de calcite prenant des formes de « champignons » ainsi que des vasques (ou gours) remplis d’eau. Manu avec sa lampe old school à l’acétylène prend la pose pendant que les autres éclairent le lac avec des lampes étanches. Pas évident de gérer tout ce monde pour réaliser l’image en tête. L’endroit est magnifique, nous sommes face à un lac souterrain entouré de colonnes de roche et des concrétions. Au milieu de ce lac se trouve un profond siphon, soit, une sorte de puits descendant à la verticale sous l’eau. Jamais personne n’y est descendu et nous sommes loin d’être équipés pour une telle aventure. En m’approchant du précipice sous-marin, j’entends Oriane crier « au feu, au feu », en me retournant, je vois Manu littéralement en proie aux flammes. Sa lampe à acétylène a commencé à bruler de manière incontrôlée. A peine le temps de le voir bruler qu’il saute dans l’eau dans un énorme fracas. Une odeur de poils brulés remplit la salle et l’eau se trouble rendant la vue sur le précipice impossible.

Le temps passe et le plus dur reste à venir: la remontée. Nous rebroussons chemin, retraversons les canyons remplis d’eau glaciale, rangeons notre camp de base et changeons nos combinaisons.

Nous rampons à nouveau dans la glaise puis, c’est la remontée sur cordes.

Nous ne sommes pas les premiers à passer par ici, au fond du puits, il y a pleins de fossiles d’escargots de quelques millions d’années. Alors que la descente n’était pas trop compliquée, remonter 150m sur corde avec son kit (sac de spéléo) suspendu à la taille est une autre paire de manche!

Il y a aussi quelques fractionnements de corde à faire dans le vide où il vaut mieux ne pas trop se tromper pour ne pas rejoindre les fossiles. Une éternité plus tard, me voilà en haut. Nous saluons les deux chauves-souris hibernant à l’entrée de la grotte et nous voici de retour à l’air libre.

Nous marchons de nuit dans 30cm de neige et je suis au bout de ma vie.

Un grand merci à l’équipe de choc pour avoir rendu cette aventure possible! Reste plus qu’à bivouaquer au fond la prochaine fois pour réaliser plus d’images rendant hommage à la beauté de cette grotte !

Pour retrouver les images d’Oriane LéonardBenjamin

*svp remplissez toutes les cases. Merci!