Perseides

Il n’y a pas que les éclipses solaires qui ont fasciné, voire terrifié, différents peuples à travers les époques. D’autres événements, moins spectaculaires, ont également marqué les âges. Parmi les récits anciens, les dynasties des rois chinois étaient très avancées en astronomie et ont mis par écrit de nombreux phénomènes célestes, notamment des supernovæ, décrites comme l’apparition d’une nouvelle étoile dans le ciel.

En l’an -68 et en 188, les écrits mentionnent également le passage d’une comète. Ce corps, composé principalement de roche et de glace, tourne autour du Soleil et s’en rapproche périodiquement. Lorsque la comète se rapproche du Soleil, la glace présente à sa surface se sublime, c’est-à-dire qu’elle passe directement de l’état solide à l’état gazeux, notamment en raison des conditions de faible pression dans l’espace. Ce dégazage forme un panache de gaz et de poussières, illuminé par les rayons du Soleil, qui peut parfois être visible depuis la Terre, comme ce fut le cas avec la comète NEOWISE, dont j’ai déjà parlé dans un précédent article.

Pour une comète, s’approcher autant du Soleil peut être fatal. Les importantes différences de température peuvent provoquer des fractures et disloquer le noyau, entraînant la perte de morceaux de roche et de glace. C’est justement ce phénomène qui nous intéresse ici : ces fragments, détachés du corps principal, continuent de se déplacer sur une orbite proche de celle de la comète.

La comète qui nous intéresse ici a été redécouverte par deux astronomes, de manière totalement indépendante, en 1862 : Lewis Swift et Horace Parnell Tuttle. Ils donneront leur nom à l’astre : la comète Swift-Tuttle. Elle est d’ailleurs repassée près du Soleil en 1992 et revient régulièrement, avec une période d’environ 133 ans.

D’après certains calculs, une collision avec la Terre est possible pour l’an 3044. Si l’humanité survit jusque-là, elle devra peut-être trouver un moyen de dévier sa trajectoire. Mais revenons à notre sujet.

À chaque passage autour du Soleil, la comète Swift-Tuttle perd des fragments de roche et de glace qui continuent à voyager librement dans l’espace. Chaque année, à la fin du mois de juillet et au début du mois d’août, la Terre, dans sa course autour du Soleil, traverse ce champ de débris. Ces fragments de comète pénètrent alors dans notre atmosphère, s’échauffent et se consument en laissant derrière eux une traînée lumineuse : une météore vient de dessiner un trait dans le ciel.

Les Perséides constituent ainsi l’une des pluies de météores les plus intenses de l’année, avec parfois 100 à 120 météores visibles par heure dans des conditions idéales. Un spectacle céleste sublime que j’ai eu la chance de vivre une fois le Soleil éclipsé couché.

En attendant que la nuit tombe, j’installe deux appareils photo. L’un est orienté vers la Voie lactée, tandis que l’autre est dirigé vers la constellation de Persée. C’est depuis cette région du ciel que les météores semblent provenir. Il ne s’agit évidemment pas d’un point précis situé parmi les étoiles, mais d’un effet de perspective : les trajectoires des météores semblent toutes converger vers cette même région du ciel, appelée le radiant.

L'âppareil orienté vers la voie lactée capture plus de 1500images et met en évidence le déplacement de la voie lactée à mesure que la nuit avance. On y voit aussi clairement les icebergs se déplacer dans le lac. https://youtu.be/1ihjUq_zcEw

Une fois les appareils photo installés, je me couche et observe le ciel pendant plus de deux heures.

Peu à peu, les yeux s'habituent à l'obscurité ambiante. Du coin de l’œil, je distingue Andromède, notre galaxie voisine. Je crois bien que c'est la première fois que je la distingue à l’œil nu, la nuit est exceptionnellement sombre car la lune voyage de l'autre coté de la terre cote à cote avec le soleil. Ce qui est étonnant c'est si je fixe Andromède, je ne la voie pas mais si je l'observe indirectement du coin de l’œil, je la perçois. C'est dû au fait que l'on est plus sensible au contrast en faible luminosité en périphérique de l'oeil alors qu'au centre on est plus sensible aux couleurs.

1, 2, 3, ... Les premières météores traversent le ciel en un claquement de doigts. Leur apparition est extrêmement fugace : quelques secondes tout au plus, parfois à peine perceptibles à l’œil nu. Les météores s’enchaînent, un spectacle magnifique.

Puis un « bolide » vient soudainement illuminer le ciel.

https://youtube.com/watch?v=25G5oL7mQ3E Timelaps du bolid éblouissant le ciel

Il s’agit d’un fragment rocheux un peu plus gros que les autres, qui survit plus longtemps dans l’atmosphère avant de se vaporiser. Celui-ci s’est désintégré avec une intensité si violente que son flash m’a ébloui pendant plusieurs secondes. Après sa disparition, je distingue encore une poussière incandescente qui semble persister quelques instants dans le ciel.

L’appareil photo étant bien plus sensible que l’œil humain, je n’ose imaginer le résultat. Cela doit être impressionnant.

https://youtube.com/watch?v=RF8WYaBPVMM Time laps des perseides. On distingue Andromède notre galaxie voisine, les deux bolides qui iluminent le ciel, les icebers qui dérive avec le vent et les courants ainsi que la centaines de météores et les miliers de satelites et avions. On me voit aussi retourner aux tentes avec ma lampe frontale. Après plus de deux heures à observer ce magnifique feu d’artifice céleste, je retourne finalement à la tente pour dormir quelques heures avant de profiter du lever du Soleil. Pendant ce temps, la terre tourne et les météores s'impriment sur le capteur de l'appareil photos

Une pause longue de 4h30min (1300images) mettant en évidence la rotation de la terre.

Au final, sur les 1300images prisent durant la nuit, je dénombre quasiment une centaine de météor. Le travail laborieux d'enlever les milliers de satellites et centaines d'avions se fera par ordinateur. Il est de plus en plus difficile de profiter des météores car notre ciel nocturne est constamment pollué par des objets humains. Comment les différencier? Une météor ne dure qu'un instant, elle n'est donc visible que sur une seule image là ou un satellite et avions mettent plus de temps pour traverser le ciel. Les météors ont aussi cette couleurs vertes caractéristique lors de leur entrée dans l'atmosphère (vitesse élevée, le plasma qui se créer autour du meteor est vert (magnésium)) qui peut rougir sur la fin lorsque le meteor ralenti en brûlant. Bref, après une grosse journée de traitement pour sélectionner les météores, voici le résultat final!!!

Perseides du 12 Aout 2026

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Eclipse solaire partiel du 12 Aout 2026

Une éclipse solaire… Quand on est mordu de nature et d’événements astronomiques, il est difficile de ne pas être fasciné par l’idée d’assister à un tel phénomène. Depuis plus d’un an, l’idée de capturer cette éclipse, presque surnaturelle, me trotte dans la tête.

La bande de totalité, cette étroite zone où l’on peut observer la Lune plonger complètement le Soleil dans l’obscurité pendant un maximum de deux minutes, commence au nord est du Groenland, passe à l’ouest de l’Islande et s’achève au coucher du Soleil en Espagne.

Avec Stéphane, mon compagnon de cordée pour les 4 000, nous plaisantions, ou peut être pas, à l’idée de traverser les étendues glacées du Groenland pour vivre ce moment. J’ai également tenté, par l’intermédiaire de mon travail, de retourner à Station Nord, une station scientifique danoise idéalement située pour l’éclipse. Malheureusement, rejoindre une station de l’armée danoise n’est pas aussi simple que de prendre un billet d’avion…

Finalement, il faut se rendre à l’évidence : l’Espagne est le choix le plus simple sur le plan logistique. Deux jours de route pour y aller, deux jours pour revenir et deux semaines de vacances permettent même de prendre le temps de visiter un peu les Asturies et, surtout, de chercher un bon spot à l’abri des nuages. C’est parti : je commande les lunettes d’observation ainsi que des filtres AstroSolar à découper.

Filtre solaire découpé, collé sur des cartons pour être fixé devant les objectifs photos et jumelles

Mais plus les jours passent, plus la planification s’embourbe. Sans réelle motivation pour visiter la côte catalane au milieu du boom touristique annoncé autour de l’éclipse, le trajet paraît de plus en plus long. À cela s’ajoutent la canicule et les incendies de forêt qui sévissent en France. Finalement, nous renonçons à ce voyage devenu un peu trop alambiqué et nous nous « rabattons » sur une éclipse partielle, observable depuis nos régions respectives.

Après tout, même partielle, une éclipse reste un événement astronomique suffisamment rare pour mériter d’être immortalisé près de chez nous. Une décision qui, avec le temps, s’impose de plus en plus et semble finalement davantage alignée avec nos valeurs.

Bref, nous voilà repartis d’une page blanche.

Où aller en Suisse pour vivre ce phénomène ?

Pour mon projet en cours sur les glaciers, j’aimerais beaucoup associer cet événement à ces géants de glace. Mais compte tenu de l’orientation de l’éclipse et surtout de sa proximité avec l’horizon, il faut disposer d’une vue parfaitement dégagée. Dans les Alpes, vue dégagée rime souvent avec « monter haut ».

Avec l’azimut prévu le 12 août à 20 h, je me promène virtuellement sur les cartes topographiques à la recherche du bon angle. La cabane Margherita, à 4 554 m d’altitude, semble quasiment parfaite ! Le Soleil doit se coucher derrière le Cervin, tandis que le glacier du Gorner offre un premier plan spectaculaire.

Simulation de rendu de cadrage pour l'éclipse solair sur map géo admin

Malheureusement, la cabane est complètement remplie pour les dates concernées. Si nous voulons vraiment y aller, il faudra donc bivouaquer. Et un bivouac à plus de 4 500 m d’altitude ne s’improvise pas.

Parallèlement, les prévisions météorologiques à 14 jours deviennent de plus en plus pessimistes, avec un risque d’orage important. L’option d’un bivouac sous la pointe Dufour semble finalement un peu trop risquée. Les endroits offrant les meilleures chances de ciel dégagé en Suisse sont clairement situés sur le Plateau. Mais bon… j’y tiens quand même, à ces montagnes.

Finalement, nous décidons de prendre le risque de partir en altitude pour tenter d’apercevoir l’éclipse.

Nous retournons vers un petit glacier qui termine sa courte course dans un petit lac. L’idée est de tenter une image de l’éclipse avec des icebergs au premier plan. Une manière, aussi, de faire un petit pied de nez aux photographes partis en Islande pour vivre l’éclipse totale.

Simulation et timing pour l'éclipse solair avec l'application peakfinder

La météo reste toujours assez pessimiste, avec même un risque d’orage quelques heures avant l’éclipse. En revanche, la nuit devrait être bien dégagée, ce qui pourrait nous offrir un magnifique ciel pour observer la pluie d’étoiles filantes.

Et quelle coïncidence : le pic des Perséides, la pluie de météores la plus importante de l’année, tombe justement autour de la même période que l’éclipse !

On ne passera pas entre les goutes. Orage à 17h30 et éclipse prévue à 19h30 (météoSuisse)

La petite équipe se constitue et nous voilà partis à quatre pour bivouaquer au pied de ce glacier. La montée n’est pas facile sous un soleil de plomb, d’autant que nous sommes stressés par l’arrivée annoncée de l’orage.

Arrivés au col, nous avons à peine le temps d’apercevoir le lac qu’un déluge s’abat sur nous. En vitesse, nous montons une tente suffisamment grande pour nous réfugier tous les quatre. En attendant que l’orage passe, nous grignotons des chips et espérons surtout qu’il se terminera avant le début de l’éclipse.

Une heure plus tard, le bruit assourdissant des grosses gouttes de pluie sur la toile commence enfin à diminuer. C’est l’occasion de sortir et d’installer les autres tentes, au cas où l’orage reprendrait de plus belle. Pendant le montage, nous profitons également de la vue, malgré le peu de ciel bleu visible à travers les nuages…

Tout est prêt : les lunettes pour éclipse, les appareils photo montés sur trépied et même une paire de jumelles équipée de filtres.

Léo, Stéphane et Lisa équipé pour observer l'éclipse.

Le seul absent : le Soleil, toujours caché derrière les nuages...

Nous commençons à perdre espoir. Les rares trouées de ciel dégagé se font progressivement engloutir par les cumulus. Il est bien possible que nous ne revoyions jamais le Soleil avant son coucher…

Mais l’ambiance qui suit le passage du brouillard nous gratifie tout de même de quelques magnifiques rayons de lumière.

L'horizon est bien encombré de cumulus qui ont bien grossi au court de la journée

19 h 30. L’éclipse a commencé, mais sans nous… Derrière les nuages.

La pluie revient même en rajouter une couche, avec quelques gouttes qui viennent s’écraser autour de nous.

Puis, sorti de nulle part, le Soleil fait soudain son apparition !

Il n’est plus totalement rond : une bonne partie de son disque est masquée par la Lune. C’est fou !

Je tente rapidement de prendre quelques images, avec et sans filtre solaire. Mes réglages ne sont pas parfaits, mais peu importe : le moment est incroyable. Quelques secondes plus tard, le Soleil disparaît à nouveau derrière les cumulus.

Première apparition du soleil à travers les nuages! L'ambiance est dorée et des rayons ilumines les icebergs

Toute la pression retombe d’un coup. Finalement, nous aurons réussi à voir un petit bout de cette éclipse, dans un cadre complètement fou.

Je regarde les images. Je ne suis pas vraiment sûr du résultat avec les filtres, tandis que les versions sans filtre sont un peu trop claires. J’adapte donc mes réglages, au cas où le Soleil déciderait de réapparaître.

Les minutes passent. Le Soleil ne revient pas.

Vingt minutes se sont écoulées. C’est devenu un véritable jeu du chat et de la souris.

Un dernier espoir avant que le Soleil ne disparaisse définitivement derrière le Schreckhorn, à 4 078 m d’altitude, vers 20 h 25.

Puis une minuscule bande de ciel semble se dégager.

Et, miraculeusement, le Soleil y passe.

La Lune recouvre alors près de 92 % du disque solaire. Il ne reste qu’un mince croissant lumineux, dont l’orientation semble presque défier les lois de la nature.

L’ambiance est incroyable. La lumière parvient à s’extirper des nuages, le paysage s’illumine d’une manière presque irréelle. Un véritable cadeau de la nature.

Quelle joie !

Deuxième apparition totalement différente, le soleil recouvert à quasi 92%, le maximum, il fait presque nuit

https://youtu.be/SF3QsUla_Og Vidéo de l'éclipse entre deux bandes de nuage en accélération 10x  

Le spectacle touche à sa fin. Les nuages engloutissent à nouveau l’éclipse, qui nous gratifie finalement d’un coucher de Soleil aux teintes rouges particulières.

Au total, nous n’aurons aperçu le Soleil que trois fois.

Trois courtes apparitions auront pourtant suffi à immortaliser la progression de la Lune devant le Soleil, obscurcissant peu à peu son rayonnement.

Pas d’éclipse totale, pas de ciel parfaitement dégagé, pas de conditions idéales.

Mais finalement, peut-être que ce sont justement ces quelques secondes volées aux nuages qui rendent ces images encore plus précieuses.

Compilation des 3 étapes du soleil que l'on a pu apercevoir dans la soirée en gros plan. Le soleil avec ces taches solaire. Soleil couvert par la lune à environ 50% puis le maximum à 92%

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Guêpier au bord du Doubs

12ans, voila 12ans quasiment jour pour jour que l'on y était aller avec Benjamin. Quasiment au même endroit car depuis la zone est interdites d'accès car devenu une réserve naturelle. 12ans, c'est des amitiés magiques que la photographie permet de créer!

2014 guêpier dans le Doubs

On se revoit de temps à autre avec Benjamin pour faire quelques sorties photos que ce soit astrophotographie ou animalière. Cette fois ci, je devais récupérer un appareil photo spécialement défiltré pour l'astrophotographie et on a profiter de l'occasion pour retourner voir les guêpiers du Doubs. Arrivé le soir, on installe le camp, on lève les tentes de toit de nos voitures et sortons la table pour l'apero. Pendant que l'on discutait tranquillement, un bihoreau gris atterrit pas loin près du petit lac. L'occasion de tester le matériel photo! Le lever se fait au aurore. Le soleil se lève sur le lac Après, une petite approche, nous voilà au bord du Doubs. Bien camouflé sous notre affût, on attend que les habitants des rivages de la rivière se réveilles. Les plus matinales sont les hirondelles. Elles partent en groupe chasser des petits insectes. Elles réutilisent d'ancien nid creusé par les guêpiers. De temps à autre, elles se posent aussi sur une branche pour se lisser le plumage. On admire ce ballet confortablement assis dans notre affut. Une fois que le soleil c'est levé, on entend le cris des guêpiers d'Europe. Ceux-ci on fait la grasse matinée, rien ne sert de partir chasser si les proies ne sont pas là. Le guêpier se nourrit de gros insectes en vol, il faut attendre que ces insectes à sang froid s'activent avec l'énergie du soleil. Une fois le soleil lever, le balet des hirondelles laisse place au spectacles des guêpiers qui reviennent avec toute sorte d'insectes volants: libellules, caloptérix, frelons, scarabées et autre! Quel bonheur que de les voir aussi habiles dans les airs! Une superbe matinée en affût mais le rhum des foins nous gagnes. Les graminées sont en pleines explosion autour de nous et ils nous faudra nous avouer vaincu. Les yeux rouges mais le coeur remplit, on repart en souhaitant plein de succès à la colonie d'hirondelle des rivages et guêpier d'Europe.
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Ultra grand angle très lumineux, le 10mm f2.8 Laowa

Retour 10mm f2.8 Laowa

Un ultra grand angle lumineux tout en restant compact, pas besoin de beaucoup plus pour éveiller ma curiosité. J’aime beaucoup les ultra grands angles pour mes pratiques photos claustrophobiques. J’avais craqué pour le 9mm f5.6 de la même marque il y a quelques années pour ces raisons. Le plus grand angle linéaire plein format du marché.Ultra grand angle, il permettait des images qu’aucun autre objectif ne pouvait fournir ; cependant, f5.6 ce n’est pas vraiment lumineux. Ce 10mm, certes un poil moins grand angle, offre une ouverture de f2.8, ce qui le rend super intéressant pour la photo de ciel nocturne et d’espaces confinés peu lumineux. C’est aussi le premier objectif de la marque à intégrer un module autofocus, ce qui facilite grandement son utilisation.

espace confiné ou le grand angle permet d'amener une certaine grandeur dans l'image et de jouer avec les diagonales

Actuellement, mon setup grand angle se constitue comme suit : 10mm f2.8 Laowa, 14mm f1.8 GM Sony et 20mm f1.4 DG DN Sigma. Tous des ultra grands angles lumineux mais chacun avec leurs spécificités. Le 20mm est vraiment le roi de la photo astro avec son ouverture à f1.4 qui permet de capter tous les détails du ciel nocturne sans devoir recourir à des montures équatoriales. La focale de 20mm permet aussi d’avoir un centre de la voie lactée relativement important dans le cadrage là où, avec le 14mm, il commence à se faire plus discret. Le 14mm, lui, me permet d’avoir des cadrages plus osés avec des premiers plans plus imposants tout en incluant de larges paysages et toute la longueur de la voie lactée.Et le 10mm ? L’idée pour moi du 10mm est de couvrir un large champ de vision en une seule image (130°), permettant de faire des images en une prise de vue qui nécessitaient un panorama avec le 14mm ou le 20mm. C’est pour moi l’optique parfaite pour des time-lapses nocturnes montrant la voie lactée se déplacer dans un paysage.

Centre de la voie lactée avec le 10mm f2.8 Laowa

Son ouverture de f2.8 permet de capter les lueurs du ciel sans effet de filé, ce qui n’était pas possible avec le 9mm f5.6.

Comparons la taille relative du centre de la voie lactée par rapport au 14mm, 20mm et 35mm:

Centre de la voie lactée avec le 14mm f1.8 Sony

Centre de la voie lactée avec le 20mm f1.4 Sigma

Centre de la voie lactée avec le 35mm f1.2 Sigma

Bref, décortiquons un peu plus cet objectif de niche que j’utilise depuis un an maintenant.

Construction : Très bien construit comme tous les Laowa. Tout en métal, c’est robuste. Le 10mm est le premier objectif de leur nouvelle série avec un design teinté de bleu. Très métallique, sobre, on a un objectif qui fait mastoc et durable. Concernant la protection aux intempéries, forcé de constater que ce n’est pas parfait. Dans des milieux très humides et froids, de la condensation peut se créer derrière la lentille frontale (j’ai aussi eu ce problème avec le 9mm). On ne peut pas faire grand-chose que d’attendre que ça se dissipe. Ça n’arrive pas souvent et c’est vraiment dans des conditions extrêmes (sous terre avec 100% d’humidité et 5°C). L’objectif est très sobre et épuré. Juste une bague de mise au point et un switch AF/MF. Il faut donc contrôler le diaphragme via le boîtier (le petit dernier Laowa 12mm f2.8 a une bague de diaphragme). Ça peut être un peu perturbant de ne pas avoir le diaphragme sur le fût, il faut penser à contrôler ses réglages via le boîtier. L’essentiel est là avec le switch AF/MF qui permet de débrayer l’autofocus lors de prises de vue du ciel nocturne.Un bon point : malgré la grande ouverture et la focale, on peut visser des filtres de 77mm, très pratique pour faire des poses longues par exemple. Il faudra impérativement mettre des filtres slims pour éviter d’avoir un trop gros vignettage mécanique. Je n’ai pas vraiment testé avec des filtres mais il y a la possibilité, ce qui est assez remarquable avec les specs de l’objectif.

AF : En parlant d’autofocus, qu’en est-il ? On a tendance à dire que l’AF n’est pas forcément une nécessité sur ce genre de focale ultra grand angle car très rapidement, en fermant le diaphragme, tout est net avec l’hyperfocale. Je ne suis pas forcément d’accord avec ça car c’est piégeux. Se dire que si on ferme à f8, on fait la netteté à 2m et tout est net de 1m à l’infini est certes vrai en théorie mais en pratique, avec la définition de nos capteurs actuels de 60 Mpx, on est très net à 2m mais on est très moyen à 1m et à l’infini. Si on veut que notre sujet soit « razor sharp », il faut que la netteté soit faite sur lui et pas « juste » qu’il soit dans le champ de netteté. Évidemment, ça dépend de l’utilisation finale que l’on fait de l’image, taille d’impression, recadrage etc. Mais on verra que la qualité optique du 10mm n’est pas irréprochable et que plus on est proche de la zone de netteté, moins les défauts sont visibles. Tout ça pour dire que l’ajout d’un moteur AF chez Laowa, et même sur une optique ultra grand angle comme le 10mm, est un gros plus. Beaucoup moins de prise de tête pour faire la mise au point, un gain de temps certain et, par la même occasion, un gain en qualité d’image avec la netteté pile où elle doit être, là où en manuel on est plus approximatif (focus peaking) ou chronophage (zoom dans l’image). L'AF permet aussi de faire la netteté sur des sujets plus mobile et sort l'0bjectif de la photo de paysage uniquement.

sujet en mouvement ou l'AF est bien pratique même si très approximatif et hésitant si diaf fermé

Cependant, il ne faut pas s’attendre au standard d’AF de Sony ou Sigma avec des moteurs linéaires de dernière génération. L’AF du 10mm Laowa est très hésitant et lent, et pompe beaucoup si l’on cherche à faire la mise au point dans les bords.

Sa mise au point minimal de seulement 12cm, permet de bien mettre en valeur dès premier plan. La focal de 10mm permet d'exagérer la taille et vraiment le rendre impressionnant. Mais c'est assez dur à gérer et il faut souvent faire recourt au focus stacking

Premier plan très proche avec un focus stack pour les spéléo en arrière plan

Déformation : Le 10mm Laowa est vendu comme un « zero D », donc pas de déformation. Laowa a toute une gamme dans cette catégorie et ce qui est sûr, c’est que faire un 10mm sans déformation est très compliqué. Ils ont réussi à le faire en partie mais, du fait de la focale, il y a des compromis. On est sur l’un des plus grands angles pour plein format (seul le 9mm de la même marque est plus grand angle encore) et la gestion des déformations est vraiment impressionnante. L’horizon est bien plat, pas de bombage ni d’effet moustache, même si l’horizon n’est pas au centre. Les verticales sont bien droites et ne se transforment pas en tonneaux.

Les lignes droites restent droite, l'horizon n'est pas défromé

C’est vraiment impressionnant et très agréable et rend l’objectif utilisable pour des photos d’intérieur en archi, de reportage et de paysage. Ce n’est pas une optique « fun » comme un fish-eye ou autre, c’est une optique qui est vraiment exploitable. Après, dû à l’ultra grand angle, les lignes de fuite sont très exagérées. Si l’on tilt ne serait-ce que légèrement le boîtier, les verticales ne sont plus verticales et penchent vers l’intérieur de l’image (ou l’extérieur selon l’angle) mais elles restent droites. De par cet extrême angle de champ à ramener sur un capteur plat sans déformer les lignes droites, cela crée un effet un peu bizarre dans les angles. Je ne sais pas trop comment l’expliquer mais, en gros, si un objet traverse le cadrage à vitesse constante, sur la vidéo, il semblera aller plus vite quand il est au bord que lorsqu’il est dans le centre de l’image. Un peu comme s’il se faisait étirer dans les bords.

Bord de l'image étiré ce qui rend les parties du corps disproportionnellement grand par rapport à la tête moins déformée au centre

Cet effet est assez prononcé sur un ultra grand angle comme le 10mm, ce qui donne un effet bizarre si l’on regarde dans le viseur et balaie le paysage. Plus concrètement, ce n’est pas gênant pour une photo mais pour une vidéo, dans certains cas, ça peut donner un rendu bizarre. Où j’ai trouvé cela gênant, c’est dans un time-lapse de la voie lactée : on remarque que le déplacement de celle-ci n’est pas constant dans le cadrage.

https://youtu.be/ziNHZu_2TWw

Un autre piège fréquent avec le cadrage très large des grands angles est la différence de distance entre le centre et les bords. Typiquement, sur une photo de paysage, le centre de l’image peut être à 30m mais, du fait de l’extrême grand angle, la distance dans les coins peut être à nos pieds, à 1m et automatiquement, avec une netteté à 30m, l’angle à 1m sera flou et passablement « étiré ».

Il faut donc faire particulièrement attention aux bords qui peuvent être vite flous et vite étirés/déformés. C’est une focale qui demande du temps pour être maîtrisée et qui s’applique à des images assez spécifiques ; je considère que c’est une optique un peu de niche.

Quand est-il de la qualité d’image ? Malheureusement, il y a des compromis pour réussir à faire un objectif aussi grand angle et lumineux tout en restant très compact (avec même la possibilité de mettre des filtres). La petite lentille frontale induit un très gros vignettage qui fait perdre pas mal d’étoiles dans les angles en photo astro. Il faudra compenser ce vignettage pour des photos de paysage ou d’archi.En cas de contraste dans l’image, les aberrations chromatiques (AC) sont très présentes surtout aux grandes ouvertures.

image plein cadre

AC bien visible et difficile à corriger dans les contrasts

Plus on s’éloigne du point de netteté et plus les AC sont marquées, d’où mon accent sur l’importance et l’aide de la mise au point automatique plus haut. Faire une bonne mise au point précise permet de diminuer les AC sur le sujet. Généralement, les AC sont faciles à supprimer avec un clic sur Lightroom mais pour le 10mm, il semble avoir beaucoup de peine à détecter les AC malheureusement.L’effet étoile est très marqué sur le soleil ou autre source lumineuse dès que l’on ferme un peu le diaphragme.

effet étoile à f16

effet étoile à f8

Avec seulement 5 lamelles de diaphragme, l’étoile est très marquée et vraiment « typique » des Laowa. On aime ou on n’aime pas mais ça fait définitivement partie de la signature de l’objectif.Sa mise au point à 12cm permet de faire des photos de sujets proches et de garder l’ambiance / environnement autour. Je n’ai pas encore eu le temps de faire beaucoup de tests en mise au point rapprochée mais c’est quelque chose que je voudrais essayer avec le retour du beau temps l’année prochaine, avec des insectes et batraciens. À suivre.La qualité optique est bonne au centre et automatiquement, dans les bords, ça se dégrade assez vite, surtout avec cette problématique de distance qui change beaucoup dans les angles, qui ajoute un effet de flou pas toujours agréable à garder en compte. Il faudra penser à focus stacker de temps en temps pour éviter cette problématique.

Image non recadrée à f2.8 (notez le vignetage bien visible et les AC violet dans les arbres)

crop sur Lisa à f2.8. Qualité ok même si ca manque de détail. AC au niveau de la polaire blanche

crop dans l'angle à f2.8. Assez mou

image similaire à la précédente plein cadre à f8. Notez que les AC dans les arbres sont bien plus discret et le vignetage bien moins marqué

crop sur le sujet. AC bien moins marqué, plus de détail

Angle bien meilleur en fermant à f8

Coma La coma est vraiment bien maitrisé. Quelques effet un peu en croix sur les étoiles les plus lumineuses dans les angles extrèmes mais en comparaison à d'autres grand angles lumineux, c'est vraiment très bien maintenu. Le problème du vignetage qui attenue fortement les étoiles peux lumineuses est plus un problème que la coma.

image non traitée, sans recadrage à f2.8. Notez le vignetage très prononcé.

Un peu de coma sur les étoiles les plus lumineuses (l'effet de fillé est du au temps de pause et pas à l'objectif)

  Synthèse

+ Ultra grand angle (130°), 10mm linéaire sur plein format (un des plus grands angles du marché), pas de déformation de l’horizon et des verticals. Permet des images impossibles sans pano avec d’autres focales

+Très lumineux pour sa focale, f2.8 parfait pour de l’astro et des images avec peu de recul et faible éclairage

+ Compact, <500 g

+ Construction tout en métal, solide

+ AF qui dépanne (premier objectif AF chez Laowa)

+ mise au point minimal à 12cm permettant des photos rapprochée tout en gardant l’enviromenent

+ peu de coma même à f2.8, très bonne optique pour de l’astro hotographie time laps (attention vinetage et impression de déformation dans les angles)

+ bon piqué au centre et bord dès f5.6

+ Pas de déformation de l’horizon, pas de bombage des verticals, très faible distorsion pour un 10mm

+ Filtre vissant 77mm (habituellement pas possible sur les grands angles lumineux)

+ Effet étoiles avec le soleil et autres objets lumineux, très marqué et reconnaissable (diaphragme à 5 lamelles)

+ Coma très bien gérée

– AF lent et hésitant en faible luminosité, AF qui pompe sur les bords. Très hésitant si diaf fermé

– Mauvaise tropicalisation, condensation dans des conditions extrêmement humides et fraîches

– Optique de « niche » qui demande une phase d’apprentissage pour maîtriser les ultra grands angles (netteté dans les bords, étirement dans les bords et lignes de fuite)

– Piqué pas fou fou à pleine ouverture et mou dans les bords

– Vignettage très marqué faisant perdre des étoiles dans les angles en astro. À compenser en paysage. Moins visible à partir de f5.6

– Aberrations chromatiques fortes et difficiles à corriger, diminue drastiquement en fermant à f5.6 et +

– Effet d’étirement dans les bords en vidéo / time-lapse

  Quelques images faites avec le 10mm pour vous montrer ses possibilités et ces angles de vues originaux      
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Dans l’antre du glacier

Aller au cœur du glacier, ça se prépare. Les moulins se forment dans les replats des glaciers lors de l'été. Lors de la période estivale, une fois le glacier à nu, sans neige, la glace fond à la surface au contact des rayons du soleil. Cette eau liquide plus légère cherche un chemin et lorsque le glacier est sur un plateau, l'eau n'a pas d'autre choix que de creuser son passage au travers du glacier, formant d'impressionnants moulins. Des puits qui peuvent atteindre 40 à 60 m avant de continuer avec des méandres jusqu'à parfois atteindre le socle rocheux. Ces systèmes hydriques très actifs sont beaucoup trop dangereux à explorer pendant la majeure partie de l'année. Il faut attendre l'automne pour que la fonte du glacier cesse, mais il ne faut pas que la neige de l'hiver ait bouché les entrées. Nous espérons pouvoir faire plusieurs sorties dans des moulins de glace cette année, mais malheureusement l'automne a été très court en montagne et la neige est rapidement arrivée, rendant l'aventure bien plus compliquée.

Nous n'avons cependant pas baissé les bras et sommes partis à la rencontre de ce géant de glace. Il est fort probable que nous ne puissions pas explorer tous les recoins du glacier dû à la neige, mais ma foi, c'est ainsi.

On monte avec une bonne équipe, six au total. Pour se laisser un peu de temps pour explorer les moulins aux alentours, Stéphane a pris une tente que l'on installe directement sur le glacier, au bord du moulin principal. En attendant, les autres installent leur matériel de descente sur corde pendant que Benjamin et Gaëlle préparent l'équipement pour descendre dans le moulin principal.

D'ailleurs, c'est une toute nouvelle tente d'expédition 4 saisons que Stéphane veut tester avant de la prendre en expédition pour une traversée de l'Islande E-W en autonomie, tiré par les vents avec son kite. Il nous a fallu terrasser un peu le terrain pour aplanir l'emplacement de la tente et creuser une tranchée dans l'abside pour avoir de la place pour les pieds et s'asseoir confortablement. Une fois la tente installée, on stocke tous nos sacs avec les affaires non nécessaires pour l'exploration puis on s'attaque au puits.

Une paire de skis est utilisée comme ancrage dans la neige. Une corde est fixée aux skis enfouis sous la neige et permet de servir de point fixe pour descendre dans les entrailles du glacier. Des broches à glace sont installées à des points stratégiques par Benjamin pour permettre une descente la plus agréable possible, si l’on peut parler de confort dans ces conditions…

Nicolas quasiment arrivé au fond du premier puits. Plus haut, Joanna et Stéphane en train de descendre sur une autre corde en parallèle. Ce premier puits est vraiment impressionnant et nous fait directement entrer dans un nouveau monde constitué de glace bleue pure et vive, saupoudrée de neige. Le froid a figé des stalactites transformant le glacier en œuvre d'art. Joanna observe la sculpture avant de disparaître elle aussi dans les entrailles du glacier, là où la lumière ne pénètre plus. Après le premier puits, un méandre sinueux se profile à l'horizontal. On marche sur l'eau de fonte au sol, qui est partiellement gelée. Benjamin compare la texture à de la glace pilée que l'on trouve dans un mojito. On fait bien attention à mettre nos crampons sur les bords pour éviter une mauvaise surprise qui nous rendrait trempés de la tête aux pieds (le pire cauchemar dans cet environnement glacial isolé). La teinte de la glace est d'un bleu profond. Éclairées à l'aide de nos lampes frontales, les cupules dans la glace ressortent bien, pleines de facettes. Il faut s'imaginer ici que l'été, lors de la fonte du glacier, tout le méandre est rempli d'eau et que des centaines de litres par seconde s'écoulent dans ces bouillonnements. À l'aide d'un piolet technique pour la glace, on tente d'accéder à la partie supérieure du méandre. À la texture des bordures du méandre, on distingue aussi différentes hauteurs d'eau. Avec Nicolas comme échelle, on se rend bien compte de l'immensité du réseau hydrique. C'est un vrai privilège de pouvoir ainsi vivre le glacier de l'intérieur.

Avec la fonte et les courants d'air, d'étonnantes structures de givre se forment sur des stalactites.

Puis, au bout du méandre, l'eau replonge pour s'enfoncer encore plus dans le glacier. L'eau liquide étant plus légère que l'eau glacée, elle cherche à se frayer un chemin jusqu'au socle rocheux du glacier. Cependant, de par l'écoulement du glacier, celui-ci se déforme et a tendance à reboucher les chemins creusés par l'eau. Un équilibre se crée entre l'eau qui sculpte la glace et le glacier qui s'autoguérit. Nous, avec nos cordes et crampons, on découvre le résultat de cet équilibre, de ce magnifique hasard naturel.

Ici, Gaëlle en pleine progression dans les puits successifs qui s'enchaînent. Atteindrons-nous le socle rocheux ? Finalement, on arrive au bout. Ici, un lac semi-liquide s'est formé, terminant notre exploration. Certaines années, il est possible d'arriver jusqu'au socle rocheux, mais cette année, c'est le glacier qui a gagné le bras de fer contre l'eau ! Il est temps de remonter. Sur six, nous ne serons que trois à passer la nuit sur le glacier. Les autres de l'équipe se dépêchent de s'extirper du glacier pour redescendre en plaine avant la nuit. Pendant ce temps, Benjamin déséquipe le moulin en retirant toutes les broches à glace et les cordes. On profite avec Stéphane et Benjamin pour prendre quelques images. Ici, le méandre fait un contour à 180°, très impressionnant. Il n'est vraiment pas facile de faire des images esthétiques de l'intérieur du glacier sans humain pour donner une échelle ou un point d'accroche familier dans l'image. Je tente tout de même quelques images avec le méandre justement, qui rencontre une cascade figée dans le temps. Peu à peu, on sort de l'obscurité totale et de la lumière filtre depuis l'extérieur. La glace translucide ressemble à un joyau se teignant d'un bleu cristal. La neige fraîche légère, bien plus blanche, saupoudre le relief et contraste avec la glace froide et dure. Mais ce n'est pas tout, il faut maintenant remonter les 50 m de puits à la force des mains !

En attendant que Stéphane se hisse jusqu'à la surface et libère la corde pour que je puisse commencer mon ascension, j’en profite pour immortaliser le fond du puits. Mon esprit s'évade et je m'imagine des mondes de glace : ici, une grande salle des fêtes glacée avec son chandelier de cristal.

Une fois sortis du puits principal, on a juste le temps de dire au revoir à Joanna, Gaëlle et Nicolas qui repartent déjà pour la plaine. Avec Stéphane et Benjamin, on profite pour aller explorer le moulin dit « la cascade ». On se dépêche pour y être avant la tombée de la nuit. On refait un ancrage avec des skis et on se laisse glisser au fond du puits. Ce puits est vraiment très impressionnant, très profond et large. Benjamin, bien habitué à la spéléo sous-glacière, installe tout l'équipement, mais moi, je dois avouer avoir un petit coup de panique avec un début de vertige. Je me maintiens à la corde, fais une pause et pose ma respiration. Je me concentre vraiment sur mes inspirations et expirations pour faire redescendre mon rythme cardiaque à la normale. Ma jambe fébrile se stabilise et je descends les derniers 10 m sur corde.

Au fond, la neige a tout recouvert. On tente de creuser avec la pelle pour trouver la suite, un méandre, mais rien. Après deux heures à creuser, faux espoirs après faux espoirs, il faut se rendre à l'évidence : on ne trouvera pas de suite… La neige précoce nous empêche de continuer l'exploration, ce sera pour l'année prochaine…

D'ailleurs, la nuit est maintenant tombée. Il est l'heure de remonter au camp.

De nuit, l'ambiance change, on dirait presque que l'on est sur une autre planète. Stéphane, sur sa corde et sa frontale, me fait penser à un astronaute en apesanteur. Entre ses jambes, on distingue Benjamin se trouvant à un « fractio » plus bas. Il déséquipe le puits en attendant que Stéphane arrive à ma hauteur, se longe et libère la corde.

Stéphane arrive à la sortie du puits. Il change de corde et se fixe à la dernière ligne. Sa lampe frontale fait ressortir les douces courbes des corniches bordant le puits. Des corniches qui peuvent être fatales pour les imprudents qui voudraient observer d'un peu trop près. Ces corniches sont très instables et peuvent céder en cas de surpoids. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles on veut explorer les moulins avant les premières neiges.

Une fois de retour au camp, dans la tente, à l'abri du vent glacial, on met en route le réchaud. En attendant que la neige fonde puis que l'eau bout, on se régale d'un apéro à base de chips paprika, gruyère et saucisson. On ne se laisse pas abattre !

Une fois rassasiés, on se glisse dans nos sacs de couchage et l'on essaie de trouver le sommeil. Pendant toute la première partie de la nuit, on entend le crissement de la neige tomber sur la toile de la tente puis, en seconde partie de nuit, plus rien. Le froid se fait aussi plus mordant, un signe que le ciel s'est dégagé !

Au petit matin, 5 à 10 cm de neige ont recouvert la tente. Pas de quoi faire disparaître nos traces de la veille ni de tester la résistance de la nouvelle tente de Stéphane, mais largement de quoi donner une belle ambiance féérique d'hiver. Les couleurs matinales teintent le ciel d'un orange léger qui réchauffe l'atmosphère uniquement de manière visuelle. Pour mieux représenter l'immensité de ces moulins, ici le trou principal avec notre camp de base à côté. L'ambiance matinale est splendide mais fraîche ; j'ai empilé deux doudounes pour être à l'aise. Le vent s'est aussi beaucoup levé par rapport à hier, rendant l'expérience à l'extérieur moins agréable.

Ici, on voit la marmotte de Benjamin émerger doucement de la tente. Dans la neige, impossible de planter des sardines classiques. Pour maintenir la tente, on plante les bâtons de ski à l'envers pour tendre les cordes maintenant la tente en position. Avec le froid et l'humidité, du givre s'est formé sur les bâtons.

Malheureusement, c'est le moment pour Stéphane de nous quitter car il doit travailler en ce lundi. Benjamin a congé le lundi avec ses horaires irréguliers d'ambulancier et moi, j'ai congé le lundi avec mon taux de travail à 80 %. De quoi aller explorer un ou deux puits de plus si le temps nous le permet. Les espoirs de trouver une suite aux puits sont maigres avec cette neige, mais l'aventure est tout de même belle même si seul le premier puits est accessible. On décide d'aller voir le moulin du retraité. Comme d'habitude, on creuse une petite tranchée dite « boîte aux lettres » pour enfouir une paire de skis qui servira d'ancrage pour descendre au fond du puits. On se laisse glisser les 40-50 m jusqu'au fond rempli de neige.

On ne fera pas trop long. Avec le vent, des bourrasques de neige s'engouffrent dans l'abîme. Les dimensions sont impressionnantes ; malgré l'objectif ultra grand angle Sigma 14-24 mm f/2.8, il me faudra faire un panorama de plusieurs images pour capturer toute la verticalité du puits du retraité. Avec Benjamin, on n'est pas à 100 % dans nos crampons ce matin. Pour ma part, je commence à remonter sur la corde et c'est après 4 mètres que Benjamin me fait remarquer que j'ai oublié le sac à dos au fond du puits. Et lui, il oubliera son piolet au fond du moulin, qu'il devra aller rechercher par après. Bref, un mal de crâne s'installe doucement, on décide que l'aventure se termine ici et que l'on ne prospectera pas d'autres moulins aujourd'hui. Il est temps de repartir avec nos gros sacs très chargés. On remonte tout doucement en faisant de nombreuses pauses avant de redescendre à l'aide des installations mécaniques jusqu'en plaine.
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Dernière nouvelle du ciel

Un nouvel article pour publier et parler un peu des événements nocturnes assez fou de ces derniers temps ! Relativement prometteuse, on a eu le passage de la comète Lemmon en octobre. Le beau temps n’a malheureusement pas vraiment été au rendez-vous pendant le pic de visibilité. Néanmoins, j’ai profité d’une soirée bien dégagée sans lune pour tenter de l’apercevoir. Étant visible en début de nuit au nord-ouest, il a fallu que je prenne de la hauteur sur la rive droite du Rhône pour éviter la pollution lumineuse. Si l’on regarde vers le nord depuis la rive gauche depuis le Valais, la pollution lumineuse des villes en plaine comme Sion/Sierre/Martigny/Brig vient très vite compliquer la tâche. Cette pollution lumineuse parasite et fait comme un voile dans l’atmosphère qui empêche simplement de voir la comète. Je suis donc parti sur les hauts des mayens de My, plus haut que l’étang des Trente Pas. Au pied du Mont Gond avec une vue dégagée vers Derborence avec peu de pollution lumineuse. Pas évident de repérer cette comète qui est encore invisible à l’œil nu. Je me base sur des cartes du ciel nocturne et des prédictions de la position de la comète selon le jour. Il faut que je regarde dans le prolongement du manche caché de la Grande Ourse. Si je continue dans la même direction, je devrais tomber sur la comète. Je dégrossis aussi la zone en sachant à quel azimut la comète se trouve par rapport au nord. Avec une boussole, je sais où pointer l’objectif. La nuit tombe doucement, les premières étoiles commencent à faire leur apparition. L’étoile polaire devient bien visible, je mets en place mon trépied et la rotule équatoriale qui compense la rotation de la Terre. En compensant la rotation de la Terre, il m’est possible de prendre des photos avec un temps d’exposition plus long avant d’obtenir un flou trop important. Ce temps d’exposition prolongé me permet d’augmenter les détails dans la comète. Ce n’est malheureusement pas suffisant pour un objet si faiblement lumineux, il me faudra additionner plus de 150 images de la comète Lemmon pour obtenir ce résultat.

Comète Lemmon

Cependant, ce n’est pas ce genre d’images que je cherche à réaliser. Je veux mettre la curiosité céleste dans son contexte, avec un paysage ! J’avais bien repéré mon coin car je voulais avoir la comète au-dessus de la cabane du Glacier 3000. Créer une image un peu lunaire, insolite avec un terrain rocheux poli par le glacier qui s’est retiré. Le lapiaz avec la cabane et le glacier des Diablerets donne un contexte à l’image et une certaine éphémérité (je ne pense pas que ça se dit) à la scène avec cette comète qui ne reviendra plus pour les prochaines 1300 années.

Becca d'Audon Oldehore

Glacier 3000

Les Diablerets

Ma deuxième idée de composition était de capturer la comète au-dessus du glacier d’Aletsch mais malheureusement, le mauvais temps a empêché toute réalisation de cette image. Ce sera pour la prochaine fois ? Elle n’aura pas été aussi spectaculaire que la comète Néowise dont vous pouvez lire l’article ici   Plus récemment, en novembre, on a eu la chance d’avoir une tache solaire très active qui nous a expulsé un vent solaire très énergétique qui a provoqué des aurores boréales relativement fortes qui ont pu être vues jusque dans les Alpes. Depuis mai 2024, j’ouvre régulièrement l’application Aurora sur mon téléphone pour surveiller l’activité solaire. Pour ceux qui s’en souviennent, en mai 2024, il y a eu d’intenses aurores qui ont été vues jusqu’en Suisse, le KP (indice d’intensité des aurores) était alors monté jusqu’à 9-10 ! Malheureusement, j’étais en transit à Oslo pour le travail et je ne pouvais pas sortir de l’aéroport. En plus, il faisait vraiment très moche, je n’ai donc rien pu voir… Je dois avouer que depuis lors, j’étais un peu frustré de ne pas avoir pu observer cette beauté naturelle sous nos latitudes. Bref, tout ça pour dire que je regarde souvent l’activité solaire dans l’espoir que les aurores refassent leur apparition. Cette soirée-là, le KP indiquait 7 ce qui est très élevé mais limite pour les observer si bas. Le pic est à 4 h du matin, bref, pas si fou que ça… La nuit est un peu chamboulée, peut-être que ces vents solaires chargés m’ont sorti un peu de mon sommeil. Je me réveille au beau milieu de la nuit et machinalement je prends mon téléphone sur la table de nuit et rouvre l’application. Il est 4 h 30 et l’indice KP est monté à 8.5 ! Là, ça devient intéressant ! Je tape sur Google : webcam Zermatt. J’ouvre la webcam du Gornergrat et là, je vois que les aurores sont visibles en haute montagne ! Une lueur rose est visible au nord. Là, ma première réaction est une mini-déprime. Je me dis que j’aurais dû y croire et monter la veille en montagne pour avoir une chance de capturer ces aurores. Bref, un peu sans conviction, je vais sur mon balcon à Vex (un petit village au-dessus de Sion) et là, je la vois ! Le ciel est rosé, je le vois à l’œil nu ! Un éclatement de joie intérieur, une libération ! Je cours chercher mon appareil photo à l’intérieur et réveille Lisa qui se lève en sursaut. Pendant que je prends une photo complètement floue accoudé à la barrière du balcon, j’écris de l’autre main sur un petit groupe WhatsApp pour réveiller les autres chasseurs d’étoiles ! Tout feu tout flamme, après avoir confirmé les aurores avec l’appareil photo, je saute dans les chaussures en pyjama, enfile une grosse doudoune, cours à l’extérieur, tourne le contact, démarre la voiture et je vais me poster un peu plus haut dans un champ. Je ne voulais pas aller trop loin de peur que les aurores très éphémères ne disparaissent totalement. Je cours dans le champ, installe le trépied et prends cette image. J’ai les larmes qui me montent aux yeux et je commence à rigoler de joie. C’est fou, toute cette frustration qui avait sommeillé en moi depuis 1 an. Je ne saurais pas trop comment l’expliquer mais ça m’a fait un bien fou. Même si ces aurores de ce matin ne sont pas comparables à celles qui ont été vues en mai 2024, ça reste des aurores visibles depuis les Alpes, c’est fou ! Je laisse l’appareil dans le champ jusqu’au matin faisant un time-lapse de l’aurore. https://www.youtube.com/watch?v=s1PFgwjO7M8 Elle n’est pas très dynamique mais on la voit tout de même bouger légèrement et changer en intensité. On voit aussi les voitures rouler en face à Montana. On voit les lève-tôt qui partent déjà travailler à 5 h du matin et plus le temps passe et plus les voitures sont nombreuses. Sur la fin du time-lapse, on remarque aussi le nombre complètement fou de satellites qui traversent le ciel. Avec plus de 1600 images au final, je profite pour faire une compilation de toutes les images. Cette synthèse montre la rotation de la Terre avec l’étoile polaire au centre qui ne bouge presque pas. On voit aussi les lueurs rosées dues à l’aurore. Le lendemain, on se motive avec une équipe (Stéphane et Léo) pour tenter de voir les aurores qui promettent d’être encore plus fortes que ce matin. Pour couper le suspens, on ne voit rien car relativement couvert à l’horizon et finalement les aurores ne se sont pas vraiment montrées. Ça aura été l’occasion d’aller se balader un peu dans la neige dans la région de Thyon. Ce sera pour une prochaine fois! D’ailleurs, la tache solaire est toujours très active, la prochaine fois qu’elle sera à nouveau orientée vers la Terre sera dans 26 jours ! Il faudra rester aux aguets ! Puis, ce sera la fin de ce pique solaire, il faudra attendre 11ans avant que l'activité ne remonte aussi fort.
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