Spéléo hivernale

Avec la crise des vaccins et la propagation impressionnante du variant Anglais, l’Allemagne ferme ses frontières aux pays européens pour une durée indéterminée et la France exige une quarantaine et un test PCR pour tous les étrangers. Nous voilà définitivement bloqués en Suisse. C’est l’excuse parfaite pour mettre à profit ce nouveau lockdown pour découvrir de nouvelles régions à quelques kilomètres de là. Ce weekend sera sur le thème des grottes. Les alpes sont un vrai gruyère emmental, l’eau de la fonte des neiges s’infiltre dans des failles et crée des réseaux de galeries souterraines plus ou moins grandes. La diversité des grottes est remarquable. On a pu découvrir ensemble des réseaux immenses dans le Jura, des mondes immergés ou encore des failles dans des lapias. Cette fois, intéressons-nous à deux autres grottes visitées ce weekend. Une a été découverte et explorée depuis plus de 100 ans alors que la seconde est bien plus petite est a été découverte dans la dernière décennie.

Après avoir ouvert le grillage protégeant l’accès à la grotte avec la clef du club de spéléologie des Rhodaniens, nous descendons vers l’entrée de la cavité par les échelles fixes. Après avoir monté le descendeur et descendu en rappel dans le puits, on décide de faire la « petite boucle ». Il y a plusieurs itinéraires qui ont été découverts allant de quelques kilomètres à plusieurs dizaines de kilomètres. Certains passages sont d’ailleurs encore en cours d’exploration tant le réseau est immense.

Dans un resserrement s’érigent des stalagmites, certaines sont même devenues des colonnes en atteignant le sommet de la cavité. Selon l’angle de vue, on voit le reflet des stalagmites dans les petites flaques d’eau. Sans vent dans la grotte, les reflets sont comme des miroirs et paraissent irréels.

Nous voilà au bout de la première boucle, on mange en vitesse dans la grande salle avant de se mettre en route pour le chemin du retour. Une partie des galeries du retour sont inondées. Le niveau d’eau varie en fonction de la fonte des neiges. En hiver, le niveau est assez bas permettant de traverser la zone. Certains d’entre nous ont réussi à la traverser à sec mais la plupart finissent avec de l’eau plein les bottes.    

Le lendemain, on part en direction d’une grotte bien moins connue et découverte que récemment par hasard. La grotte est plus petite et n’a pas vraiment de structures rocheuses très intéressantes. Mais en hiver, avec le froid et le tirage d’air, des stalagmites de glace se forment transformant la grotte en royaume de glace. Benjamin a trouvé ces structures glacées deux semaines plus tôt. C’est avec lui et Joanna que nous nous mettons en route en espérant que ces structures n’aient pas fondue depuis. La grotte se trouve à quelques mètres du domaine skiable, Benjamin profite du magic pass pour amener les affaires de spéléo de toute l’équipe à la grotte pendant que Joanna et moi remontons les pistes en ski de rando. Pris un peu au dépourvu par une tempête de grêlon/vent, on arrive juste à temps à la grotte avant de tomber malade. Vite, sortir la veste et les gants qui étaient dans les sacs.

La grotte se resserre rapidement et ressemble plus à un toboggan avec cette neige. Les sacs sont transvasés de haut en bas par chaîne humaine. Ce sera encore plus drôle de les remonter une fois l’exploration terminée… Après s’être équipé, on commence par explorer la plus grande cavité de la grotte qui est gigantesque. Je positionne les éclairages de manière à faire ressortir l’immensité de la cavité en mettant mes compères troglodytes dans l’image pour échelle. Au fond de la grotte coule une rivière mais difficile à la mettre en valeur. Au- dessus de celle-ci, un caillou coincé entre les parois est tiens en équilibre. En faisant monter Benjamin sur le rocher en équilibre, de plus petits cailloux dégringolent et finissent dans le lit de la rivière. Les gerbes d’eau s’illuminent comme un feu d’artifice avec la lumière en contre-jour. Il est temps de remonter vers la sortie pour retrouver les formations gelées. Malheureusement, en l’espace de deux semaines, les structures ont quelque peu fondue. Mais les restent permettent tout de même quelques images avec des ambiances inhabituelles. $

Il reste maintenant à se faufiler hors de la grotte en faisant passer les kits dans les étroits passages. Contorsionné dans les trous ou au bord du vide, l’exercice n’est pas évident mais tout le matériel est à l’extérieur.

On redescent les pistes de ski équipé en spéléo de la tête au pied. On dirait un bug spatio-temporel dans les années 60' avec mon équipement Il est temps de prendre un apéro bien mérité sur le chemin du retour et se plaindre des courbatures aux bras les jours suivants ! Instagram de Benjamin, Instagram de Jolagaffe Bonne journée,
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Signalkuppe 4554m

42h à 4554m Signalkuppe: Capanna Margherita

 

Après avoir passé une nuit presque sans fermer l’œil au bivouac Rossi e Volante (3878m), il est temps de dissiper le doute. Est-ce que le mal d’altitude est une légende ou juste une coïncidence ? De plus, cette fin de semaine s’annonce très prometteuse, pas le moindre nuage à l’horizon. Sans nuage, la chaleur n’est plus retenue la nuit et les températures deviennent glaciales. De quoi tester mon nouveau sac de couchage Cumulus d’expédition avec une température confort de -25°C.

Les jours de congé sont posés, il est temps de partir pour 4 jours en autonomie dont 2 nuits sur le toit de la Suisse. Après 4027, 4164, 4195 et 4206m, il est temps de monter un cran plus haut à 4554m !

Image prise par Stéphane

Une fois le masque covid en place, avec nos sacs chargés à 19kg, on se dirige vers la station de Zermatt. L’ascension du Breithorn ayant déjà été faite depuis la station, le trajet Zermatt-Furi n’est plus à faire. On profite donc des remontées mécaniques sur la première partie puis les peaux sont collées à 1800m. La montre GPS est enclenchée et les premiers mètres de dénivelé derrière nous. Avec Stéphane, nous nous faufilons dans la vallée du glacier du Mont Rose.

Après quelques resserrements, traversées de rivière et montées de rampes en bois, nous voilà au pied du glacier. La température est passée de +3°C au soleil à -11°C. Elle ne passera plus au-dessus de la barre les -10°C pour les 4 prochains jours.

Au pied du glacier, la fonte de l’été passé révèle une grotte. On se permet un petit détour pour visiter ce palais glacé. Les températures glaciales ont transformé le sol de la grotte en cascade de glace.

Au bout du tunnel, on aperçoit le Breithorn qui nous toise du haut de ses 4164m.

Mais l’horloge continue de tourner. Si l’on veut atteindre l’étape intermédiaire, la cabane Monte Rosa avant la nuit, il faut nous remettre en route. La trace slalome entre les séracs et les crevasses et 5h plus tard nous voici au local d’hiver de la cabane de Monte Rosa.

On profite de l’altitude modérée pour passer une dernière vraie nuit reposante à 2800m. Le lendemain, on rechausse les skis avant le lever du jour pour gravir les 1700m nous séparant de la seconde cabane, la capanna Margherita.

Le ciel est trop couvert, le lever de soleil ne nous incite pas à sortir l’appareil photo. La seconde partie du glacier est moins stable, il faut bien choisir par quel côté passer pour ne pas être bloqué par les crevasses. Encordés, on traverse ces paysages incroyables avec des blocs bleu glace de tous côtés.

L’ascension continue jusque dans les nuages et perturbe notre orientation, on ne voit plus à 3m. Stéphane corrige ma trajectoire régulièrement basée sur sa montre gps pour passer par les bons cols et éviter le gros des crevasses. Voilà une éternité que nous avons quitté la cabane du Mont Rose et chaque pas devient un combat. Je m’essouffle rapidement et dois m’arrêter régulièrement pour reprendre mon souffle. Suis-je fatigué ou est-ce le manque d’oxygène lié à l’altitude qui se fait sentir ? Stéphane me dit que l’on est à 3900m d’altitude, on est encore loin des 4500 que l’on doit atteindre.

Je décide de forcer ma respiration en inspirant à fond de manière bien exagérée et ça marche. La fatigue disparaît et me voilà comme avec un second souffle.

On continue la montée qui semble interminable mais nous voilà bloqués, une longue crevasse nous empêche de continuer. On la longe pour trouver un endroit plus facile à traverser. Un passage semble faire l’affaire mais nous oblige à défaire nos skis pour continuer en crampons, c’est "vive glace".

On continue ski au dos et un court instant, le brouillard laisse apercevoir la fameuse capanna Margherita. Hourra, nous touchons au but, encore une petite centaine de mètres et nous y sommes.

Avant d’arriver au sommet, dans la pente glacée, les crampons automatiques tout neufs de Stéphane se décrochent. Ils n’ont pas bien été serrés et le voilà bloqué dans la pente dans une position bien inconfortable. Je le rejoins et lui refixe les crampons après les avoir raccourcis d’un cran. Après une petite pause pour réchauffer mes doigts, on attaque la dernière montée aux crampons et piolet nous voilà arrivés sur la terrasse de la cabane. La vue est ? blanche ? Espérons que les nuages se dissiperont pour que l’on puisse apprécier le paysage. On entre dans le local d’hiver de la cabane, quel plaisir de ne plus avoir de vent, on a l’impression de gagner 10 degrés d’un coup alors qu’il fait -17°C.

Avant de partir, on avait fait le choix de partir avec uniquement 600ml d’essence pour le réchaud au risque de ne plus pouvoir faire fondre la neige sur la fin (et donc devoir redescendre de manière prématurée). Mais le local d’hiver de la capanna Margherita est juste incroyable, une petite cuisinière avec du gaz est mise à disposition avec quelques sachets de thé.

Sans perdre un instant, la neige fond dans la casserole et les sachets de thé attendent sagement l’infusion. C’est fou la différence de mentalité de cette petite cabane Italienne avec une cuisinière, des statues de la sainte Margherita partout et une radio de secours pour 0.- la nuit !

On profite de la fin de l’après-midi pour s’installer dans les dortoirs et se réchauffer dans nos sacs de couchage. Rapidement le mal de crâne surgit, forcément, la sieste à 4550m d’altitude n’est pas si évidente même si Stephane dit m’avoir entendu dormir O:)

La sieste arrive à son terme et le mal de crâne dû à l’altitude se fait de plus en plus pesant. Il est temps de sortir du sac de couchage pour photographier le coucher de soleil. Malheureusement, on a encore la tête dans les nuages, rien à mettre en boîte ce soir. Juste le temps de manger un Lyophilisé avant de se remettre sous la couette. La nuit fut un cauchemar avec quelques dizaines de minutes de sommeil consécutives, maintenant c’est sûr, l’air est plus fin à 4500m.

Le lendemain matin, les premières lueurs du jour nous font ressortir de nos sacs. Un coup d’œil par la fenêtre pour s’assurer que les nuages ne sont plus là.

On n’aperçoit pas grand-chose mais les couleurs sont prometteuses. On superpose les couches de doudoune, enfile le pantalon de ski par-dessus le pantalon thermique et on sort de la capanna.

D’un coup, le mal de crâne, la fatigue de la montée disparaît. Autour de nous, à 360°, les Alpes. De Milan, Berne, des dents du midi à pic Visio, on voit tout.

Toutes les montagnes, même les 4000 semblent petites. La sensation de voir les montagnes depuis en haut est vraiment étonnante pour nous qui vivons habituellement à leur pied. L’effet est encore plus marqué par la mer de brouillard s’étendant dans la plaine, on se croirait en train de survoler les Alpes en avion.

La beauté du paysage nous fait presque oublier le vent qui fouette les arêtes. Des bouts de glaces sont arrachés dans les pentes raides et viennent nous fouetter le visage.

Par moment, il faut même se rouler en boule pour éviter de basculer. Avec ce vent, tout devient plus difficile, la respiration mais aussi la sensation de froid qui gèle rapidement les extrémités.

On avait prévu de réaliser l’ascension de 3 autres 4000m aujourd’hui mais il est trop risqué de tenter les sommets avec ces rafales de vents imprévisibles et violentes. On passera la plus grande partie de la journée cachés au chaud dans le sac de couchage à essayer de survivre au manque d’oxygène.

Ici un petit panorama des montagnes nous environant

On ressort affronter le vent lors du coucher de soleil.

Une fois le soleil disparu derrière l’horizon, avant de tenter quelques photos de ciel nocturne, il est temps d’allumer le réchaud à essence pour fondre de la neige et manger quelques lyophilisés. Mais avant ça, on recouvre le détecteur d’incendie avec une balaklava pour éviter de faire déplacer les secours inutilement.

Pourquoi utiliser notre réchaud à essence si nous avions un réchaud à gaz à disposition dans la cabane? C'est pour faire un test en condition réel (froid et fonte de neige) pour mieux estimer notre consommation d'essence pour les fois ou n'aurons pas une cuisinière à gaz à dispo.

Le mini croissant de lune est sur le point de se coucher aussi, il est l’heure des prises de vue nocturnes. Appuyés sur la rambarde de la cabane, il faut attendre quelques secondes d’accalmie du vent pour tenter de prendre une image pas trop floue. Le vent est tellement fort que l’appareil a failli glisser entre les moufles quelques fois.

Sur cette photo, j'ai surpris Stéphane en train de s'alléger. Pour ne pas laisser de traces, il faut creuser dans la neige puis recouvrir le champ de bataille. Il faut aussi être particulièrement rapide pour faire son affaire car il ne faut pas oublier que l'on est en proie a des rafales de vents et qu'il fait dans les -20°C.

Lorsque je parle de pollution lumineuse, j’explique souvent que la principale cause de pollution du ciel au sud des Alpes nous vient de Milan. Généralement, on a de la peine à y croire car Milan nous paraît si éloigné.

J’ai profité d’être au sommet de nos Alpes pour photographier en direction du sud. Le champ étant libre depuis ce point de vue, j’ai une vue directe sur Milan démontrant l'éblouissant éclat de la ville italienne.

Il est temps de retourner se coucher en espérant que le vent se sera calmé le lendemain matin pour que l’on puisse enfin gravir les sommets prévus. Mais la seconde nuit est pire que la première, en plus du mal de crâne, quelques nausées s’invitent m’obligeant à faire des pauses pendant la nuit en me redressant et en forçant ma respiration pour me réoxygéner. L’air est maintenant à -20°C à l'intérieur. Plus l’air est froid et moins il peut contenir d’humidité, il me faut donc me réhydrater très régulièrement pour éviter d’avoir une gorge extrêmement sèche. Évidemment, il faut dormir avec la gourde d’eau dans le sac de couchage car elle ne resterait pas liquide après 1h au froid. Le vent souffle encore plus fort qu’auparavant pendant toute la nuit, on entend des bouts de glace s’écraser contre les parois de la cabane et tout le cabanon vibre au rythme des rafales de vent. Je me rassure en disant que ce n’est pas le premier hiver que la cabane doit traverser. Je commence à comprendre pourquoi la plupart des alpinistes choisissent cette destination en été…

Au petit matin, la vue est toujours aussi splendide et nous fait vite oublier cette nuit à nous battre contre nous-même. Le vent est plus fort que jamais et on se rend à l’évidence, sur les 4 4000 prévus, nous ne ferons que le Signalkuppe 4554m qui est le sommet où nous venons de passer nos dernières 42h !

Je profite de faire un panorama à 360° du sommet de nos alpes, même 4-5 panoramas car le taux d’images floues sera élevé avec ces rafales de vent.

Tous les sommets deviennent roses sauf le Cervin. Malgré ses 4478m de haut, le Cervin est dans l’ombre d’un autre géant, le massif de mont Rose avec la pointe Dufour qui est le plus haut sommet de Suisse avec ses 4634m. Incroyable de se dire que l'on fait de l'ombre au Cervin!

Il est temps de dire au revoir à cette cabane qui nous aura été d’une grande aide dans ces conditions difficiles. J’ai porté une tente "exped" pour tenter un bivouac à l’extérieur mais les conditions auraient été trop extrêmes pour l’armature.

Le sac est compacté au maximum, les skis sont fixés au sac car la première partie doit se faire en désescaladant en crampons et piolet. La prise au vent avec les skis dans le dos est massive, la descente se fait prudemment car les rafales de vent ont tendance à nous décrocher. Les temératures atteignent maintenant les -24°C! La vue est bien dégagée et une fois quelques centaines de mètres plus bas, le vent se fait quasiment inexistant. La descente se fait sans encombre dans un paysage magnifique... C’est ce que je voudrais dire mais ce ne fut malheureusement pas le cas. Pour prendre une image de Stéphane en ski avec les glaciers, je prends un peu d’avance. Je ne fais pas très attention et quelques contours plus tard, je passe sur un pont de neige qui se dérobe sous mes skis. Je ne vois rien venir, avant de comprendre ce qui se passe, me voilà couché face contre la neige. La moitié de mon torse est en équilibre sur un faible pont de neige et je sens que mes deux skis sont dans le vide ainsi que mon bras droit. A la manière d’un phoque sur la banquise, je me hisse hors de la crevasse et rampe sur le côté.

Je dois lever mon pied droit assez haut en le tordant un peu pour sortir le ski qui bloque contre les parois de glace. Me voilà sur la glace ferme, je vois que Stéphane m’observe quelques mètres plus haut. J’enlève mon sac et observe les lieux du sinistre. Après comptage, un de mes bâtons est manquant. Je me couche et rampe à nouveau près de la bouche de glace, j’observe l’intérieur de la crevasse mais je n’aperçois pas le bâton. A vrai dire, je n’arrive même pas à déterminer la profondeur du trou. Si le pont de neige n’avait pas réussi à soutenir la partie haute de mon corps, je n’ose imaginer l’état de mon corps au fond de cet abîme.

Après avoir fait le deuil de mon bâton, j’envoie un bout de la corde à Stéphane, on s’assure et on traverse la crevasse et les suivantes encordés. La descente se fera avec un bâton dans la main droite et le piolet dans la main gauche. Sur le retour, on croise des groupes faisant des descentes en héliski ainsi que quelques guides. L’un d’entre eux me demande ce qui s’est passé à mon deuxième bâton après lui avoir expliqué la mésaventure il me répond :  « des bâtons, on en fabrique tous les jours ».

Sur ce, je vous souhaite une bonne journée en toute sécurité.

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Sur les traces de l’hermine

Chaque début d'année, il était coutume de se rencontrer avec quelques amis photographes dans les plaines jurassiennes à la recherche de la faune locale. Vous pouvez d'ailleur retrouver l'ensemble des images ici. Malheureusement les rencontres en ce début d'année 2021 sont à proscrire en raison des conditions sanitaires liées au COVID-19. C'est pourquoi, cette année, ce fut en petit comité, mon ami photographe Benjamin et moi même. Il avait déjà repéré la région la semaine d'avant et avait pu observer une hermine à tête marron. Un phénomène particulier car les hermines devraient déjà être entièrement blanches depuis bien plusieurs semaines maintenant (début janvier). Bien que la neige ne soit tombée que récemment, l'hermine change de couleur de pellage en fonction de la durée du jour. Pourquoi la tête de cette hermine en particulier est restée brune reste un mystère (article de la cscf qui en parle). Je vais aller me renseigner pour en savoir plus, peut être que comme certains renards polaires, une partie des individus ne muent pas totalement (renard polaire restant brun toute l'année sont surnommés "renards bleus"). Pensez à partager vos observations d'hermines à pelage intermédiaire sur l'application NaturaList (en mode caché) pour que des études plus poussées puissent être menées. Avec les restrictions françaises liée au COVID, il n'était pas possible de dormir dans ma voiture ou de circuler de nuit. Le couvre feu en place dans la région interdit d'être hors de son domicile entre 18h et 6h. Il a fallu se lever tôt pour passer la frontière française à 6h du matin pour chercher l'hermine à l'aurore. Pour ne pas trop attirer l'attention, nous avons rouler les deux kilomètres avec une seule voiture en s'équipant du masque adapté! Nous voila parqués pas loin des champs préalablement repérés. La température dans la voiture affiche -9°C, c'est le moment d'enfiler toutes les couches pour rester couché dans la neige sans bouger pendant de longues heures. Avec toutes ces couches, j'ai l'impression d'être un bonhomme Michelin. Mais mieux vaut perdre un peu de mobilité que de devoir quitter l'affut à cause du froid glacial. Nous voila couchés dans la neige à quelques mètres du terrain de chasse de l'hermine. Les minutes passes, le jour se lève, le froid pénètre au travers des couches mais l'hermine ne semble pas se montrer. Est-elle encore là? En une semaine, elle peut avoir changé de champs potentiellement plus fourni en campagnol? En jetant un coup d'oeil par dessus mon épaule (difficilement du fait de mes 43,2 couches), j'apercois un petit point brun à une 40ène de mètres de là. Je me tourne vers Benjamin, l'hermine, elle est derrière nous! Au début, timide, elle sort juste la tête pour observer les alentours. On se tourne un peu pour être face au petit mustélidé. Après quelques minutes, elle commence à tendre, l'oreille, tourner la tête, renifler l'air. Elle passe en mode chasse, saute de trou en trou à la recherche de campagnol. C'est le bon moment pour nous de nous avancer pendant qu'elle nous calcule pas. Le soleil s'est levé, le ciel est un peu couvert diffusant la lumière. L'ambiance est juste magique! On en oublie presque les doigts et les orteilles endoloris par le froid. La magie opère, l'hermine court dans tous les sens. Plonge, disparait, soulève la croute de neige sur son passage. Elle se déplace avec une telle agilité, c'est renversant. Le nez touchant la neige, les oreilles dressées, tous les senses du prédateur sont utilisés pour trianguler sa proie sous la neige. Les campagnols n'ont qu'à bien se tenir, ils sont sur écoute! Les efforts ont payé, la voici ressortant avec un campagnol. Pas le temps de le manger, elle va le cacher dans son garde manger non loin de là et repart en chasse. Il lui arrive aussi parfois de faire des cabrioles. Des moments de folies particulièrement durs à mettre en boite de part la vitesse de déplacement de l'hermine et de son coté très aléatoire avec des changements de direction très brusques.   Je vous propose pour terminer l'article en regardant ce petit montagne de moments passés avec l'hermine: https://www.youtube.com/watch?v=tnJkYxfTLrA&feature=youtu.be Merci pour votre passage, bonne journée :=)    
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Le chamois

Le chamois, Tous le monde l'a déjà vu mais peut de monde s'y intéresse vraiment. Ses cornes sont bien moins impressionnantes et photogéniques que celles du bouquetin ou la ramure d'un cerf. Contrairement au bouquetin, il est aussi bien plus craintif et mise sur la course pour semer ses adversaires alors que le bouquetin mise plus sur la complexité du terrain. Son rut est aussi bien moins spectaculaire que le cerf ou le bouquetin. Pourtant, notre petite chèvre des alpes à pleins de spécificités bien à elle mais éclipsée par les plus gros. Finalement, le chamois reste méconnu. Je vais profiter de ce petit article pour partager mon expérience terrain avec cet animal fascinant et peut être vous apprendre deux-trois choses. Le chamois est un mammifère typiquement montagnard mais on peut le trouver en forêt à basse altitude comme il peut y en avoir au sommet des arrêtes à 3000m. Les chamois de forêt sont généralement plus trapus et plus sombres que leurs homologues des montagnes plus athlétiques. Les chamois des montagnes comme les bouquetins se nourrissent sur les arrêtes dont la neige est soufflée par le vent. Les chamois de forêt se protègent de l'hiver cachés dans les arbres. En forêt, ils ont l'habitude de frotter leurs cornes contre les arbres, la poix peut donner une apparence plus volumineuse aux cornes, il est aussi plus difficile de conter l'âge d'un individu dû à cette surcouche. Parfois cette poix mélangée aux poils peut créer de grosses boules dans leur estomac appelées bézoard, autrefois utilisées comme porte bonheurs ou comme « médicament ». Avec la modernisation la mode est plus aux cornes de rhinocéros de nos jours.

Novembre débute, les couleurs d'automne sont bien présentes ainsi que le covid...

La nature commence à se mettre en pause, les températures baissent, la durée du jour diminue et les restaurants sont fermés. Les marmottes sont cachées dans leur trou et hibernes, les reptiles et insectes commencent aussi à se faire beaucoup plus discrets. Tout semble se mettre en pause sauf pour nos amis chamois. Pour eux, c' est l’heure du rut !

Les mâles avec la barbe du dos hérissées sont aux aguets. Si un concurrent s’approche un peu trop prêt de son troupeau, il n’hésitera pas à le courser à vive allure en traversant des pierriers dans un bruit assourdissant. Le mâle dominant se promène régulièrement à travers le troupeau avec les lèvres retroussées en faisant des petits couinements pour flairer si une femelle est en chaleur. La période est très courte, il est donc vital pour le mâle d’avoir sa harde sous contrôle et éloignée de tout autre mâle pouvant profiter d’une seconde d’inattention.

   

A force de persévérance, lors d’une des prospections, le museau contre le sol, le mâle sent qu’une nouvelle phéromone se promène. Une chèvre est en chaleur, le mâle lève la tête, retrousse les babines pour identifier la femelle en question. Quelques instants plus tard, madame accepte les avances de monsieur. Rendez-vous au printemps prochain pour voir les jeunes cabris jouer dans la neige ;)

En attendant, le soleil se lève sur la hard et la rosée se met à briller de mille feux.

Ci-dessous un petit album des images en HD pour le plaisir des yeux :) http://apvl.ch/album-chamois/
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Brame

L’automne approche, les arbres n’ont pas encore commencé à changer de couleur mais les nuits se font plus fraiches. La neige est même tombée tôt cette année ! C’est le déclencheur chez les cerfs. Ils savent qu’il ne leur reste plus beaucoup de temps avant l’hiver, c’est le moment de la saison des amours. Le soir venu, les messieurs sortent de leur foret et s’en vont rassembler des biches. Chaque mâle suffisamment imposant a son coin de foret, sa clairière ou son bout de pâturage. Ils brament pour attirer les femelles mais surtout pour montrer leur supériorité aux autres mâles. La nuit est longue car certains mâles plus jeunes mais téméraires viennent parfois jouer les trouble-fête en profitant d’un moment d’inattention pour courtiser les dames. S’il se fait repérer par le maître des lieux, gare à lui, il se fera courser. Cependant, si le concurrent ne se laisse pas faire, ils peuvent même en venir aux armes! le vainqueur est celui qui restera dans l’arène après avoir fait raisonner dans la vallée le claquement de leurs bois.
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Tichodrome

Fin juin approche, les beaux jours sont là, les insectes virevoltent dans tous les sens. Les oiseaux profitent de cette manne pour nourrir leurs jeunes. C’est l’occasion d’aller à la rencontre d’un oiseau très particulier. Le tichodrome échelette, son vol fait d’ailleurs presque penser à celui d’un papillon. Ses ailes sont d’une largeur démesurée lui permettant de fendre l’air avec aisance dans son aire de jeu. Les falaises n’ont pas de secret pour lui, c’est un grimpeur de l’extrême, tête en bas, à revers, le 9b ne lui fait pas peur. Avec son long bec, il va chercher les noctuelles (petits papillons de nuit) ayant trouvé refuge dans les fissures de la roche. Après en avoir récolté une bonne brochette, il ramène le festin à sa progéniture. Ce va et vient est un régal à observer. Chaque battement laisse entrapercevoir la teinte rouge vif de ses ailes. Lorsque le mâle et la femelle sont à proximité, les deux se mettent à vibrer frénétiquement des ailes pour communiquer avec son partenaire. Madame est très agressive, si le mâle ne comprend pas et s’approche trop, elle viendra lui voler dans les plumes. Plus les jours avancent et plus les adultes trainent devant la fissure où est caché le nid. Ils sautillent devant l’entrée et seulement après 2-3 minutes à patienter, ils entrent nourrir les poussins. C’est une technique pour inciter les jeunes à s’émanciper. Je ne pensais pas assister un jour à ça mais après des jours d’observation, la femelle est devant la fissure et je vois le petit tomber comme une pierre. Il dégringole la falaise sur plusieurs mètres, rebondit quelques fois dans les rochers puis reste coincé sur une sorte de balcon en pierre. Le petit crie à plein poumon, il voit l’extérieur de la grotte pour la première fois. Peut-être que c’est en voyant une telle scène que Platon s’est mis à philosopher ? Je ne saurais dire si ce sont des cris de joie en voyant un nouvel univers apparaitre sous ses yeux ou s’il pleure suite à 5 contusions cérébrales contre la paroi ? Le petit semble reprendre ses esprits après quelques minutes sur son promontoire et semble vouloir remonter au nid. Il se prépare à bondir et battre des ailles… Malheureusement, un peu trop sûr de lui, il se rate lamentablement en heurtant la falaise de la poitrine. Voilà qu’il dégringole les derniers mètres qui lui restaient jusqu’au sol. Les heures suivantes, il tentera de remonter sur la falaise mais sans succès, il est encore trop inexpérimenté pour suivre ses parents. Ceux-ci viennent néanmoins le nourrir de temps à autre pour le féliciter d’avoir fait le grand saut. Le lendemain, le petit n’est plus au pied de la falaise. A-t-il réussi à escalader la paroi ? ou est-ce que la loi de la jungle en a voulu autrement ? Quelques jours plus tard, je découvre un deuxième petit au pied de la falaise. Il semble plus plumé que le premier. Comme son frère, il tente de remonter la paroi. Un pas en avant et deux en arrière comme on dit. C’est magique de voir l’apprentissage du jeune en direct. Il apprend à une vitesse incroyable. En début de journée il n’arrivait pas à tenir sur la roche et voici que maintenant il arrive à faire quelques vols planés. Lors d’une de ses tentatives de vol, il s’est même posé à quelques mètres seulement de moi. Le soir approche et voilà que le jeune est hors de mon champ de vision. Il est à plus de 40m de hauteur dans la falaise où il est ravitaillé régulièrement par ses parents. La nature et incroyable me surprendra toujours ! Ici une vidéo compilant quelques moment passé avec le jeune: https://youtu.be/TDbei05_2WU   Image en HD http://apvl.ch/album-blog-ticho/  
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