Dernière nouvelle du ciel
Un nouvel article pour publier et parler un peu des événements nocturnes assez fou de ces derniers temps !
Relativement prometteuse, on a eu le passage de la comète Lemmon en octobre. Le beau temps n’a malheureusement pas vraiment été au rendez-vous pendant le pic de visibilité.
Néanmoins, j’ai profité d’une soirée bien dégagée sans lune pour tenter de l’apercevoir. Étant visible en début de nuit au nord-ouest, il a fallu que je prenne de la hauteur sur la rive droite du Rhône pour éviter la pollution lumineuse. Si l’on regarde vers le nord depuis la rive gauche depuis le Valais, la pollution lumineuse des villes en plaine comme Sion/Sierre/Martigny/Brig vient très vite compliquer la tâche. Cette pollution lumineuse parasite et fait comme un voile dans l’atmosphère qui empêche simplement de voir la comète. Je suis donc parti sur les hauts des mayens de My, plus haut que l’étang des Trente Pas. Au pied du Mont Gond avec une vue dégagée vers Derborence avec peu de pollution lumineuse.
Pas évident de repérer cette comète qui est encore invisible à l’œil nu. Je me base sur des cartes du ciel nocturne et des prédictions de la position de la comète selon le jour. Il faut que je regarde dans le prolongement du manche caché de la Grande Ourse. Si je continue dans la même direction, je devrais tomber sur la comète. Je dégrossis aussi la zone en sachant à quel azimut la comète se trouve par rapport au nord. Avec une boussole, je sais où pointer l’objectif.

La nuit tombe doucement, les premières étoiles commencent à faire leur apparition. L’étoile polaire devient bien visible, je mets en place mon trépied et la rotule équatoriale qui compense la rotation de la Terre. En compensant la rotation de la Terre, il m’est possible de prendre des photos avec un temps d’exposition plus long avant d’obtenir un flou trop important. Ce temps d’exposition prolongé me permet d’augmenter les détails dans la comète. Ce n’est malheureusement pas suffisant pour un objet si faiblement lumineux, il me faudra additionner plus de 150 images de la comète Lemmon pour obtenir ce résultat.
Comète Lemmon
Cependant, ce n’est pas ce genre d’images que je cherche à réaliser. Je veux mettre la curiosité céleste dans son contexte, avec un paysage ! J’avais bien repéré mon coin car je voulais avoir la comète au-dessus de la cabane du Glacier 3000. Créer une image un peu lunaire, insolite avec un terrain rocheux poli par le glacier qui s’est retiré. Le lapiaz avec la cabane et le glacier des Diablerets donne un contexte à l’image et une certaine éphémérité (je ne pense pas que ça se dit) à la scène avec cette comète qui ne reviendra plus pour les prochaines 1300 années.
Becca d’Audon Oldehore
Glacier 3000
Les Diablerets
Ma deuxième idée de composition était de capturer la comète au-dessus du glacier d’Aletsch mais malheureusement, le mauvais temps a empêché toute réalisation de cette image. Ce sera pour la prochaine fois ? Elle n’aura pas été aussi spectaculaire que la comète Néowise dont vous pouvez lire l’article ici
Plus récemment, en novembre, on a eu la chance d’avoir une tache solaire très active qui nous a expulsé un vent solaire très énergétique qui a provoqué des aurores boréales relativement fortes qui ont pu être vues jusque dans les Alpes.
Depuis mai 2024, j’ouvre régulièrement l’application Aurora sur mon téléphone pour surveiller l’activité solaire. Pour ceux qui s’en souviennent, en mai 2024, il y a eu d’intenses aurores qui ont été vues jusqu’en Suisse, le KP (indice d’intensité des aurores) était alors monté jusqu’à 9-10 ! Malheureusement, j’étais en transit à Oslo pour le travail et je ne pouvais pas sortir de l’aéroport. En plus, il faisait vraiment très moche, je n’ai donc rien pu voir… Je dois avouer que depuis lors, j’étais un peu frustré de ne pas avoir pu observer cette beauté naturelle sous nos latitudes.
Bref, tout ça pour dire que je regarde souvent l’activité solaire dans l’espoir que les aurores refassent leur apparition. Cette soirée-là, le KP indiquait 7 ce qui est très élevé mais limite pour les observer si bas. Le pic est à 4 h du matin, bref, pas si fou que ça…
La nuit est un peu chamboulée, peut-être que ces vents solaires chargés m’ont sorti un peu de mon sommeil. Je me réveille au beau milieu de la nuit et machinalement je prends mon téléphone sur la table de nuit et rouvre l’application. Il est 4 h 30 et l’indice KP est monté à 8.5 ! Là, ça devient intéressant ! Je tape sur Google : webcam Zermatt. J’ouvre la webcam du Gornergrat et là, je vois que les aurores sont visibles en haute montagne ! Une lueur rose est visible au nord.
Là, ma première réaction est une mini-déprime. Je me dis que j’aurais dû y croire et monter la veille en montagne pour avoir une chance de capturer ces aurores. Bref, un peu sans conviction, je vais sur mon balcon à Vex (un petit village au-dessus de Sion) et là, je la vois ! Le ciel est rosé, je le vois à l’œil nu ! Un éclatement de joie intérieur, une libération ! Je cours chercher mon appareil photo à l’intérieur et réveille Lisa qui se lève en sursaut. Pendant que je prends une photo complètement floue accoudé à la barrière du balcon, j’écris de l’autre main sur un petit groupe WhatsApp pour réveiller les autres chasseurs d’étoiles !
Tout feu tout flamme, après avoir confirmé les aurores avec l’appareil photo, je saute dans les chaussures en pyjama, enfile une grosse doudoune, cours à l’extérieur, tourne le contact, démarre la voiture et je vais me poster un peu plus haut dans un champ. Je ne voulais pas aller trop loin de peur que les aurores très éphémères ne disparaissent totalement.
Je cours dans le champ, installe le trépied et prends cette image.

J’ai les larmes qui me montent aux yeux et je commence à rigoler de joie. C’est fou, toute cette frustration qui avait sommeillé en moi depuis 1 an. Je ne saurais pas trop comment l’expliquer mais ça m’a fait un bien fou. Même si ces aurores de ce matin ne sont pas comparables à celles qui ont été vues en mai 2024, ça reste des aurores visibles depuis les Alpes, c’est fou !
Je laisse l’appareil dans le champ jusqu’au matin faisant un time-lapse de l’aurore.
Elle n’est pas très dynamique mais on la voit tout de même bouger légèrement et changer en intensité. On voit aussi les voitures rouler en face à Montana. On voit les lève-tôt qui partent déjà travailler à 5 h du matin et plus le temps passe et plus les voitures sont nombreuses. Sur la fin du time-lapse, on remarque aussi le nombre complètement fou de satellites qui traversent le ciel.
Avec plus de 1600 images au final, je profite pour faire une compilation de toutes les images. Cette synthèse montre la rotation de la Terre avec l’étoile polaire au centre qui ne bouge presque pas. On voit aussi les lueurs rosées dues à l’aurore.

Le lendemain, on se motive avec une équipe (Stéphane et Léo) pour tenter de voir les aurores qui promettent d’être encore plus fortes que ce matin. Pour couper le suspens, on ne voit rien car relativement couvert à l’horizon et finalement les aurores ne se sont pas vraiment montrées. Ça aura été l’occasion d’aller se balader un peu dans la neige dans la région de Thyon. Ce sera pour une prochaine fois!
D’ailleurs, la tache solaire est toujours très active, la prochaine fois qu’elle sera à nouveau orientée vers la Terre sera dans 26 jours ! Il faudra rester aux aguets !
Puis, ce sera la fin de ce pique solaire, il faudra attendre 11ans avant que l’activité ne remonte aussi fort.
Magnifique texte et photos comme toujours