Perseides
Il n’y a pas que les éclipses solaires qui ont fasciné, voire terrifié, différents peuples à travers les époques. D’autres événements, moins spectaculaires, ont également marqué les âges. Parmi les récits anciens, les dynasties des rois chinois étaient très avancées en astronomie et ont mis par écrit de nombreux phénomènes célestes, notamment des supernovæ, décrites comme l’apparition d’une nouvelle étoile dans le ciel.
En l’an -68 et en 188, les écrits mentionnent également le passage d’une comète. Ce corps, composé principalement de roche et de glace, tourne autour du Soleil et s’en rapproche périodiquement. Lorsque la comète se rapproche du Soleil, la glace présente à sa surface se sublime, c’est-à-dire qu’elle passe directement de l’état solide à l’état gazeux, notamment en raison des conditions de faible pression dans l’espace. Ce dégazage forme un panache de gaz et de poussières, illuminé par les rayons du Soleil, qui peut parfois être visible depuis la Terre, comme ce fut le cas avec la comète NEOWISE, dont j’ai déjà parlé dans un précédent article.
Pour une comète, s’approcher autant du Soleil peut être fatal. Les importantes différences de température peuvent provoquer des fractures et disloquer le noyau, entraînant la perte de morceaux de roche et de glace. C’est justement ce phénomène qui nous intéresse ici : ces fragments, détachés du corps principal, continuent de se déplacer sur une orbite proche de celle de la comète.
La comète qui nous intéresse ici a été redécouverte par deux astronomes, de manière totalement indépendante, en 1862 : Lewis Swift et Horace Parnell Tuttle. Ils donneront leur nom à l’astre : la comète Swift-Tuttle. Elle est d’ailleurs repassée près du Soleil en 1992 et revient régulièrement, avec une période d’environ 133 ans.
D’après certains calculs, une collision avec la Terre est possible pour l’an 3044. Si l’humanité survit jusque-là, elle devra peut-être trouver un moyen de dévier sa trajectoire. Mais revenons à notre sujet.
À chaque passage autour du Soleil, la comète Swift-Tuttle perd des fragments de roche et de glace qui continuent à voyager librement dans l’espace. Chaque année, à la fin du mois de juillet et au début du mois d’août, la Terre, dans sa course autour du Soleil, traverse ce champ de débris. Ces fragments de comète pénètrent alors dans notre atmosphère, s’échauffent et se consument en laissant derrière eux une traînée lumineuse : une météore vient de dessiner un trait dans le ciel.
Les Perséides constituent ainsi l’une des pluies de météores les plus intenses de l’année, avec parfois 100 à 120 météores visibles par heure dans des conditions idéales. Un spectacle céleste sublime que j’ai eu la chance de vivre une fois le Soleil éclipsé couché.
En attendant que la nuit tombe, j’installe deux appareils photo. L’un est orienté vers la Voie lactée, tandis que l’autre est dirigé vers la constellation de Persée. C’est depuis cette région du ciel que les météores semblent provenir. Il ne s’agit évidemment pas d’un point précis situé parmi les étoiles, mais d’un effet de perspective : les trajectoires des météores semblent toutes converger vers cette même région du ciel, appelée le radiant.
L’âppareil orienté vers la voie lactée capture plus de 1500images et met en évidence le déplacement de la voie lactée à mesure que la nuit avance. On y voit aussi clairement les icebergs se déplacer dans le lac.
Une fois les appareils photo installés, je me couche et observe le ciel pendant plus de deux heures.

Peu à peu, les yeux s’habituent à l’obscurité ambiante. Du coin de l’œil, je distingue Andromède, notre galaxie voisine. Je crois bien que c’est la première fois que je la distingue à l’œil nu, la nuit est exceptionnellement sombre car la lune voyage de l’autre coté de la terre cote à cote avec le soleil. Ce qui est étonnant c’est si je fixe Andromède, je ne la voie pas mais si je l’observe indirectement du coin de l’œil, je la perçois. C’est dû au fait que l’on est plus sensible au contrast en faible luminosité en périphérique de l’oeil alors qu’au centre on est plus sensible aux couleurs.
1, 2, 3, … Les premières météores traversent le ciel en un claquement de doigts. Leur apparition est extrêmement fugace : quelques secondes tout au plus, parfois à peine perceptibles à l’œil nu. Les météores s’enchaînent, un spectacle magnifique.
Puis un « bolide » vient soudainement illuminer le ciel.
Timelaps du bolid éblouissant le ciel
Il s’agit d’un fragment rocheux un peu plus gros que les autres, qui survit plus longtemps dans l’atmosphère avant de se vaporiser. Celui-ci s’est désintégré avec une intensité si violente que son flash m’a ébloui pendant plusieurs secondes. Après sa disparition, je distingue encore une poussière incandescente qui semble persister quelques instants dans le ciel.
L’appareil photo étant bien plus sensible que l’œil humain, je n’ose imaginer le résultat. Cela doit être impressionnant.
Time laps des perseides. On distingue Andromède notre galaxie voisine, les deux bolides qui iluminent le ciel, les icebers qui dérive avec le vent et les courants ainsi que la centaines de météores et les miliers de satelites et avions. On me voit aussi retourner aux tentes avec ma lampe frontale.
Après plus de deux heures à observer ce magnifique feu d’artifice céleste, je retourne finalement à la tente pour dormir quelques heures avant de profiter du lever du Soleil. Pendant ce temps, la terre tourne et les météores s’impriment sur le capteur de l’appareil photos
Une pause longue de 4h30min (1300images) mettant en évidence la rotation de la terre.
Au final, sur les 1300images prisent durant la nuit, je dénombre quasiment une centaine de météor. Le travail laborieux d’enlever les milliers de satellites et centaines d’avions se fera par ordinateur. Il est de plus en plus difficile de profiter des météores car notre ciel nocturne est constamment pollué par des objets humains. Comment les différencier? Une météor ne dure qu’un instant, elle n’est donc visible que sur une seule image là ou un satellite et avions mettent plus de temps pour traverser le ciel. Les météors ont aussi cette couleurs vertes caractéristique lors de leur entrée dans l’atmosphère (vitesse élevée, le plasma qui se créer autour du meteor est vert (magnésium)) qui peut rougir sur la fin lorsque le meteor ralenti en brûlant. Bref, après une grosse journée de traitement pour sélectionner les météores, voici le résultat final!!!
Perseides du 12 Aout 2026